| Allemagne,
une mystérieuse voisine.
Portrait en vingt tableaux
Claire DEMESMAY et Daniela HEIMERL
Avec dessins originaux
19 €
ISBN : 978-2-915752-42-7
En librairie fin janvier 2009
Extraits de l’ouvrage
Dans cette optique, nous nous sommes concentrées
sur les aspects de l’Allemagne qui sont les moins
familiers aux lecteurs français. Ce qui explique
qu’aucun des textes ne porte sur les problèmes
démographiques du pays, les réformes socio-économiques
ou encore l’engagement européen du gouvernement
fédéral, auxquels sont consacrées
de nombreuses publications scientifiques et journalistiques.
A l’inverse, nous avons retenu des sujets peu
connus, parfois originaux, permettant d’appréhender
l’Allemagne sous un angle nouveau, tout en appréciant
pleinement sa réalité contemporaine. Une
telle démarche impliquait de se concentrer sur
les questions sociétales, plutôt que sur
les sujets institutionnels et géostratégiques,
sur lesquels se porte habituellement notre regard. Les
politiques gouvernementales sont certes évoquées
à plusieurs reprises, mais avant tout parce qu’elles
accompagnent et font écho à un phénomène
de société significatif. En outre, tous
les textes de ce livre ont pour point de départ
un objet ou un événement symboliques,
que nous avons choisis pour leur valeur représentative
– les symboles étant ici conçus
comme des réalités visibles qui permettent
à l’homme de s’orienter dans son
environnement et l’invitent à découvrir
des réalités invisibles. Pour aussi différents
qu’ils soient, tous ces « lieux de mémoire
» (pour reprendre la terminologie de l’historien
Pierre Nora) se présentent comme des témoins
de l’Allemagne d’aujourd’hui, dont
ils racontent un aspect particulier. Ainsi réunis,
ils visent à exprimer les nombreuses évolutions
qu’a connues le pays depuis la chute du Mur en
1989, ainsi que les dynamiques qui continuent à
le travailler en profondeur.
Bataille à gauche : DIE
LINKE met l’establishment politique à l’épreuve
Le 17 juin 2007 se constitua à
gauche du Parti social-démocrate d’Allemagne
(SPD) un nouveau parti appelé DIE LINKE (La Gauche).
Depuis, celui-ci bouscule ses concurrents politiques
et se plaît à déranger le système
établi des quatre partis (SPD, CDU/CSU, FDP,
Les Verts). C’est surtout la social-démocratie
qui pâtit de ce phénomène, dans
la mesure où DIE LINKE lui dispute le leadership
en matière de justice sociale, un concept-clef
dans le débat politique et économique
outre-Rhin. Il faut dire que, depuis quelques années,
bien des Allemands regardent l’avenir avec inquiétude
et ont le sentiment de vivre dans une société
de laissés-pour-compte – y compris au sein
de la classe moyenne. Avec l’apparition de la
crise financière en automne 2008, le phénomène
est encore plus marqué. Dans un pays où
45 % de la population pensent que le socialisme était
« une bonne idée qui a mal été
mise en oeuvre » (contre 30 % en 1990)(1)
, les idéologues de la lutte post-moderne des
classes et les nouveaux missionnaires sociaux ont beau
jeu. Grâce à des positions radicales et
à une rhétorique efficace, le nouveau
petit parti profite ainsi d’un ras-le-bol et d’un
pessimisme généralisés pour collectionner
les succès politiques. En septembre 2008, dans
le land de Sarre, il a pour la première fois
dépassé le SPD en termes d’intentions
de vote et lui dispute désormais son rôle
d’avocat des petites gens. Dans cette bataille
politique, son nom est à la fois un programme
et une provocation : se présentant comme l’original,
le parti entend bien reléguer les autres formations
de gauche dans le camp des copies.
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1. Fr. Augstein, « Neue Ängste,
alte Ideale. Ich ! », Süddeutsche Zeitung
Magazin, 27 juin 2008, p. 20.
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