| Tony Blair, l’iconoclaste. Un modèle à suivre ?
Jean-Marc FOUR
16 €
176 pages.
En librairie le 2 avril 2007
ISBN : 978-2-915752-25-0
Extraits de l'introduction
« Bref, le blairisme, c’est complexe. C’est d’ailleurs précisément ce qui en fait un objet d’étude passionnant : le blairisme est inclassable, il emprunte à plusieurs courants idéologiques très variés. A travers un prisme politique français, le blairisme est tantôt à gauche, voire très à gauche, tantôt à droite, voire très à droite. C'est tout l'objet de ce livre: décortiquer ce kaléidoscope aux multiples facettes.
L'analyse du blairisme est d'autant plus nécessaire que Tony Blair fascine la classe politique hexagonale. En un sens, le blairisme est omniprésent dans la campagne présidentielle française de 2007. En France, ce dirigeant d’aujourd’hui 53 ans, qui est arrivé au sommet de l’État à 43 ans, exerce une attirance étonnante. Même ceux qui ne l’aiment pas admettent être captivés par le personnage.
Et une situation étrange s’est ainsi créée à l’endroit du patron du 10 Downing Street, à droite comme à gauche.
A droite, cela fait longtemps que Tony Blair fascine, notamment par ses prises de position économiques et sa défense de la flexibilité sur le marché du travail. En mars 1998, lorsque Tony Blair prend la parole devant l’Assemblée Nationale à Paris, il séduit très rapidement les bancs de la droite, en défendant son concept de « 3ème voie », où la redistribution des richesses passe d’abord par l’acceptation des règles du marché. Le Premier ministre britannique est alors brandi par la droite française comme le symbole d’une gauche modernisée qui rend totalement « ringarde » la gauche française alors incarnée par Lionel Jospin. »
« La gauche française entretient elle aussi une relation très ambivalente avec le Premier ministre britannique…
Au début, en 1997, il a la cote… Certains se prennent à rêver d’un grand élan de gauche en Europe, sous la triple conduite de Lionel Jospin, Tony Blair et Gerhard Schröder.
Mais Blair et Jospin ne s’entendent pas, leur relation personnelle est mauvaise.
Et rapidement, le Premier ministre britannique devient pour le PS français l’incarnation du traître. Il est le converti au capitalisme, le cheval de Troie du libéralisme économique sous couvert d’un prétendu travaillisme. Et les socialistes de dénoncer l’Angleterre de la précarité de l’emploi, de la pauvreté, des services publics à la dérive. Caricature excessive, là aussi, qui dissimule à grand peine une fascination inavouée pour ce dirigeant inusable et si charismatique. Mais dire du bien, non pas question. Là aussi, tabou.
A une exception près.
Début 2006, un dirigeant socialiste brise le tabou. C’est Ségolène Royal. Dans un entretien accordé au Financial Times, celle qui est alors encore loin de devenir la candidate du PS à l’Elysée, met les pieds dans le plat : « cela ne me gêne pas d’afficher mon adhésion à certaines des idées de Tony Blair ». La présidente de la région Poitou-Charentes martèle qu’il y a des « choses qui marchent » dans la Grande-Bretagne de Blair et que la France serait bien inspirée de regarder ce qui marche… Elle est aussitôt vilipendée par ses « camarades » socialistes qui dénoncent son « blairisme », mais Ségolène Royal en remet plusieurs couches au printemps, y compris sur le thème de la lutte de la délinquance, thème sur lequel, sans prononcer le nom de Blair, elle prend des positions très fermes et… très proches de celles du leader travailliste. Beaucoup, dans les rangs du PS, lui prédisent alors que ce blairisme va lui coûter cher lors des primaires socialistes. On connaît le résultat des courses, un raz-de-marée des militants en faveur de Ségolène Royal à l'automne 2006... »
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