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Voyage dans 40 ans de guérillas
Gérard CHALIAND
 
 

Voyage dans 40 ans de guérillasVoyage dans 40 ans de guérillas
Gérard CHALIAND

300 pages
Prix : 19,50 €
Sortie : février 2006
ISBN : 2-915752-13-3

Extraits de l'ouvrage

« Pour l’observateur des conflits irréguliers, l’utilisation du terrorisme n’est nullement nouvelle. De nombreux mouve­ments de libération ont usé du terrorisme (mouvement sio­niste, F.L.N. algérien, etc.) en tant que technique d’appoint.

La nouveauté chez une partie des groupes terroristes d’aujour­d’hui est l’utilisation exclusive du terrorisme. Après l’expédition punitive d’Afghanistan où les Etats-Unis mettent fin à un Etat dans lequel s’entraînent librement, depuis des années, les salafistes désireux de participer à un jihad où d’en préparer un, la répression policière, au cours de l’année 2002 est internationale.

L’année suivante est celle de la guerre de choix menée par les Etats-Unis et la Grande Bretagne pour allié principal contre l’Irak, avec pour objectif ultime de remodeler le Moyen Orient conformément aux intérêts de Washington. Ceci impliquait de mettre en place un régime stable et ami en Irak, d’affaiblir la Syrie après retrait de ses troupes du Liban et d’empêcher que l’Iran ne se dote de l’arme nucléaire, voire de contribuer à renverser le régime des mollahs.

Dans les faits, malgré des succès collatéraux, l’objectif central, celui de l’Irak, constitue une non-victoire militaire. C’est un échec pour la première puissance mondiale. Une fois de plus, la guerre irrégulière, dans laquelle l’adversaire se refuse au combat frontal, tout en tablant sur la durée, montre son efficacité. »

1968, à propos de l’offensive américaine contre le Nord Vietnam
« L’escalade n’a pas provoqué l’effondrement de la République démocratique du Vietnam, bien que les Etats-Unis, selon leurs propres sources, aient largué près de cent mille tonnes de bom­bes. Comment un petit pays agricole a-t-il pu, grâce à sa déter­mination et à son ingéniosité, résister à la nation technologi­quement la plus avancée du monde?

Les réponses à cette question ne peuvent être trouvées qu’à travers une connaissance des réalités de la campagne vietna­mienne. Il y a des raisons historiques, dues aux structures de la société rurale vietnamienne et des raisons politiques dues aux structures organisationnelles que le régime a su mettre en place. »

« Au Sud-Vietnam, les effectifs américains, qui étaient de vingt-trois mille hommes au début de 1965, sont de quatre cent soixante-dix mille au début de 1968, sans parvenir à écraser ni à affaiblir le F.N.L. qui est devenu, depuis l’effondrement du mou­vement bouddhiste, l’unique solution pour les couches sociales et les sectes religieuses qui espéraient naguère la constitution d’une troisième force. Au Nord, le moral et le potentiel militaire sont plus élevés que jamais. Ni au Nord ni au Sud les Améri­cains ne peuvent gagner la guerre. Ainsi que l’écrivait dernière­ment Walter Lippmann: “Ce n’est pas que nos troupes ne peuvent pas défaire les forces ennemies au combat. C’est que les combats qu’elles livrent ne peuvent pas décider de la guerre.”

La récente offensive du F.N.L. dans les villes du Sud et la bataille de Khé-Sanh montrent que cette opinion lucide restait encore en deçà de la réalité. »

1968, à propos de la Colombie
« Mais la faiblesse fondamentale des mouvements de guérilla en Amérique latine, une fois la phase de l’implantation locale réussie, est leur incapacité politique à susciter des organisations de masses paysannes à l’échelle du pays et un appareil discipliné capable d’articuler la lutte rurale et la lutte urbaine. Nulle part en Amérique latine un tel appareil ne paraît à court terme en gestation. Le problème de fond n’est pas le débat fallacieux entre lutte armée et organisations de masse, mais l’articulation entre les guérillas et la mobilisation des masses rurales et des secteurs urbains sensibilisés à un changement radical. »

1969, à propos des territoires palestiniens
« Plus que tout autre peuple, peut-être, les Arabes ont été humi­liés par la domination coloniale dans la mesure où ils conser­vaient une conscience aiguë de la grandeur de leur passé. La conservation de l’Islam, en tant qu’idéologie de résistance sau­vegardant leur identité, est un moment de la conscience arabe et comme tel il implique, entremêlées, l’idéologie de la résistance et celle du conservatisme, obstacles à l’esprit scientifique et ratio­naliste nécessaire au démarrage économique. L’exaltation pas­sionnée de l’unité est la réaction contre la balkanisation imposée par la domination coloniale. »

« A court terme, les possibilités d’une solution négociée du con­flit paraissent minces. Les buts ultimes de la résistance palesti­nienne paraissent irréalisables, compte tenu du rapport de forces. Mais un Etat palestinien verra le jour, produit d’un compromis, certes, mais non octroyé. La force de la résistance palestinienne réside, en dehors des Palestiniens eux-mêmes, dans le soutien sans partage que lui dispensent les peuples des Etats arabes. Aussi, les pressions qui pourraient être faites contre la résistance palestinienne par les gouvernements en place, pour réaliser un compromis qui se ferait au détriment du peuple palestinien, ont-elles peu de chances d’aboutir. »

1972, toujours à propos du combat des palestiniens
« Militairement vaincus en septembre 1970 par le roi Hussein, les combattants palestiniens, qui viennent aussi d’être évincés du Sud du Liban, utilisent le terrorisme à la fois comme recours dernier, comme tribune et comme moyen d’agitation. Il reflète, dans les faits, leur impuissance désespérée. Mais n’ayant pas, en dehors du nationalisme, d’idéologie modernisatrice capable de donner une explication du monde moins sommaire, n’ayant pas de direction capable de formuler une stratégie cohérente, les combattants palestiniens tournent en rond dans un univers dont ils n’ont pas les clefs. Cet état de choses fait craindre qu’ils ne soient pas à même de contribuer à résoudre, même partielle­ment, le problème national palestinien. »

1995, à propos du Chiapas
« Singulière situation que celle des guérilleros zapatistes au Mexique: ils ne mènent pas de lutte armée mais ils sont armés. Ils sont dans l’illégalité mais un vote légal permet de mesurer l’ampleur du soutien dont ils béné­ficient à l’échelle de la province — une province dont la caractéristique est d’être essentiellement indienne.

La province du Chiapas n’a nullement été affectée par les changements produits par la révolution mexicaine du début du siècle et de ses suites. Le premier « Congrès indigène » fut organisé en 1974 par l’évêque Samuel Ruiz et le constat de la situation provinciale tenait en peu de chiffres —44 fermes contrôlaient 25 % de la terre de la province, 2,4 % de proprié­taires contrôlaient 60 % de la terre—. Les ressources provinciales sont considérables: café, bétail, cacao, pétrole, sucre de canne, coton, etc. La population est l’une des plus démunie du Mexique (avec l’Etat de Guer­rero).

Le parti révolutionnaire institutionnel qui contrôle le pays depuis bien­tôt soixante-dix ans a toujours appuyé les gros propriétaires et à travers la répression et la fraude se prévaut d’avoir un appui massif des popula­tions: 97,7 % des voix en 1976, 89,9 % en 1988. »

1999, à propos de la Tchétchénie
« La guérilla tchétchène est formidablement bien équipée depuis les tous débuts, ce qui est rarement le cas. Excellents combattants, redoutables en ville, efficaces en montagne, ce sont aujourd’hui les fantassins les mieux armés de la planète... À l’inverse des guérillas traditionnelles, dont le principe est de fuir dès que l’ennemi se révèle plus fort, celle-ci ne craint pas l’affrontement direct. Elle attend son adversaire pour lui infliger des pertes maximums. Les Tchétchènes, peuple de tradition guerrière où le savoir-mourir fait partie du savoir-vivre, sont déterminés à faire payer le plus cher possible l’intervention russe. »

« (…) dans tous les conflits depuis 1940, ce sont les civils qui trinquent. La liste est interminable, y compris dans nos guerres coloniales. Ensuite, nous allons continuer à financer la Russie, non par philanthropie ou par générosité, mais bel et bien parce que nous avons intérêt à éviter que la Russie ne sombre dans le chaos et ne livre son destin aux politiques les plus hostiles à l’Occident. Nous préférons commercer avec des élites corrompues qu’avec des ultranationalistes agressifs. »

2000, à propos du Caucase
« Au Caucase comme dans les Balkans, la modération est une vertu rare. Se regarder dans un miroir sans complaisance est un sport peu pratiqué. On préfère en général se raconter des histoires et attribuer ses échecs à autrui plutôt qu’à soi-même.

Ayant gagné la guerre, ce qui était inattendu, l’Arménie semble estimer qu’elle a les moyens de conserver ses gains. Pourtant, gagner la guerre n’est pas gagner la paix, ce qui est l’objectif final d’un conflit, surtout pour les États sans grands moyens entourés de pays pour la plupart inamicaux et flanqués d’un protecteur dont les intérêts sur le long terme sont encore mal définis.

Enfin, il serait temps pour la communauté internationale, après la Bosnie et le Kosovo, de finir par admettre qu’il n’est pas raisonnable d’obliger à vivre ensemble ceux qui ne le souhaitent pas. La grande leçon de la décolonisation dans tous les pays nouvellement indépen­dants aura été la discrimination dont sont l’objet les minorités ethniques et religieuses. »

2006, à propos du jihadisme
« Il y a deux façons de considérer le phénomène terroriste, surtout depuis qu’il est mondialisé dans sa version salafiste symbolisé par le modèle d’al Qaïda. Lui accorder une importance extrême, justifiée par son impact psychologique, son ubiquité, la mobilisation visible des moyens mis en œuvre pour le prévenir ou le contrer. C’est avec d’importantes nuances, ce qui est généralement le cas, à l’échelle des médias, du public et des Etats avec des attitudes contrastées entre, par exemple les Etats-Unis et l’Europe occidentale. Ou bien, sans préjuger de l’avenir qui va réserver des surprises, estimer que depuis les lendemains du 11 septembre 2001, le bilan factuel d’une mouvance qui se proposait durant les bombardements américains en Afghanistan de mettre le monde à feu et à sang, est relativement mince. »

 

 
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