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Concurrence ferroviaire. La France peut-elle gagner ?
Jean-Claude FAVIN LÉVÊQUE
 
 

Concurrence ferroviaireConcurrence ferroviaire. La France peut-elle gagner ?
Jean-Claude Favin Lévêque

208 pages
18 €
ISBN : 978-2-915752-53-3
En librairie en novembre 2009

Extraits de l’ouvrage

La SNCF est une entreprise à part. Elle entretient avec les Français une relation passionnée, mélange de fierté et d’exaspération. Un cheminot d’adoption tardive comme je l’étais, ne pouvait manquer d’être interpellé par la situation de cette étrange entreprise. Les interrogations affluent, s’enchaînent.

La première concerne la nature de l’entreprise. Y a-t-il un élément dans l’entreprise publique SNCF qui l’empêche d’être compétitive au même titre que toute autre entreprise ? Les lieux communs et affirmations qui n’expliquent rien, tels que « les fonctionnaires sont paresseux », « l’Etat est un mauvais gestionnaire », sont écartés pour chercher les vraies réponses. Si la réponse est positive -- l’entreprise publique SNCF a des handicaps qui lui sont propres et qui sont liés à son statut -- ce constat est-il grave? Ou au contraire, la SNCF peut-elle continuer à vivre ainsi, sans conséquence, ni pour l’entreprise elle-même ni pour la France ? Mais si les réponses aux deux premières questions sont positives – oui, l’entreprise a des handicaps et cette situation est lourde de conséquences -- la troisième question est évidemment: que faut-il faire pour corriger cet état de fait ?

Pour mieux comprendre cette entreprise qui a fêté ses 70 ans en 2008, j’ai parcouru l’histoire du chemin de fer. Ce fut une découverte, la mise en évidence de l’aspect exceptionnel de la période que nous vivons et qui a commencé au début des années 90 sous l’impulsion de l’Union européenne. J’ai appelé « le nouvel âge du fer » ce monde nouveau qui va émerger sous le double impact de la création de l’espace ferroviaire européen, plus communément appelée déréglementation ferroviaire, et de la crise de l’environnement.

J’examinais une entreprise, la SNCF, à un tournant de son destin et un pays, la France, face à une révolution industrielle. Cette entreprise qui allie un aspect vieillot à une grande modernité grâce à une évolution rapide que la majorité des Français n’ont pas perçue, bénéficie d’une opportunité rare. Mais elle a des handicaps majeurs :

    •  elle est figée dans un carcan d’organisation, fruit de sédimentations historiques, qui a pour conséquence que tout ce qu’elle fait demande une énergie colossale.
    •  elle vit sous la tutelle de l’Etat et ne dispose pas des marges de manœuvres d’une entreprise.
    •  elle souffre d’un mal qui la ronge, la grève, fruit d’un syndicalisme d’un autre âge.

En bref, c’est une « administreprise », un être hybride mi-entreprise, mi-administration.

Dans une France à la traîne de l’espace ferroviaire européen, la SNCF n’est pas prête et accumule du retard par rapport à son grand rival allemand, la Deustche Bahn. Si elle ne change pas, elle ne pourra pas être compétitive dans l’Europe ferroviaire qui se restructure. Etrange pays où les mêmes gouvernements, de droite comme de gauche, qui ont décidé au sein de l’Union européenne la création de l’espace ferroviaire européen, hésitent à prendre les mesures qui mettront le pays en situation de profiter de ce changement. La France s’achemine vers une crise grave de son ferroviaire et prend le risque de devenir un acteur mineur d’un secteur majeur de demain.

L’originalité de mon parcours aura été de vivre au plan professionnel deux déréglementations européennes, celle de l’aérien et celle du ferroviaire. Pour la première, j’étais chez Air Liberté, la compagnie oriflamme de l’ouverture à la concurrence en France. J’étais du coté des barbares, qui cherchaient à renverser l’ordre ancien du monopole d’Air France. La deuxième, je l’ai vécue au sein de la SNCF, l’empire qui se prépare à subir l’assaut des barbares. La symétrie de situation a été parfaite. De cette antériorité historique récemment acquise par l’aérien sur le ferroviaire, j’ai retiré la sensation de l’événement déjà vécu, du « c’est arrivé demain ».

Année 1988, l’aérien vit les prémices de la déréglementation. Les compagnies américaines se sont restructurées. British Airways est privatisée. Air France gagne de l’argent. La France est sereine. Deux ans plus tard, la compagnie nationale commence sa descente aux enfers. Pertes et conflits s’emballent. Le ministre des Transports la déclare en danger de mort (1993). L’action de l’Etat, devenue indispensable, coûteuse, permet un sauvetage miraculeux. Le reste du secteur est ruiné avec un cortège d’AOM, TAT, Air Liberté, Air Littoral à la casse. Les low cost étrangères conquièrent le ciel français.
Année 2008, l’Europe ferroviaire est en route. La Deutsche Bahn, restructurée, est prête à la privatisation. Le groupe SNCF gagne de l’argent. La « gréviculture » nourrit l’immobilisme. Fret SNCF est toujours à la dérive. Le système ferroviaire français, son organisation, ses structures, hors quelques réformes partielles ou inachevées, ont 70 ans.
L’histoire se répète-elle ? « A mon sens, l’histoire récente d’Air France porte bien au-delà d’Air France » était l’ultime phrase, prophétique, du livre de Bernard Attali, Les guerres du ciel (1). L’histoire, qu’elle soit expérience ou Histoire, est une leçon permanente. Il faut sans cesse y revenir.

Les leçons de l’histoire seront mon point de départ. Puis je ferai un voyage au cœur de la SNCF d’aujourd’hui pour mettre en évidence ses trois grands handicaps. Puis, une exploration dans les deux prochaines décennies permettra de dessiner les grandes lignes du monde ferroviaire que l’Europe est en train de construire. Un monde dans lequel la SNCF ne pourra pas survivre sans des réformes profondes. Celles-ci, qui peuvent l’amener dans une position de champion européen, sont assez faciles à décrire et sans doute moins difficiles à faire que ne le craint le politique. Car c’est ce dernier qui a les clés de cette grande évolution du ferroviaire français.

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1 - Les guerres du ciel, de Bernard Attali, Fayard, 1994

 
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