| Corruption,
stop ou encore ?
Manifeste pour l'action citoyenne
François GARGAN, Sévérine
TESSIER
110 pages
10 € TTC
Parution novembre 2011 ;
bientôt disponible en livre électronique
ISBN : 978-2-915752-72-4
Extrait de l'ouvrage
Introduction
Ce livre est la prolongation d’un
rapport Anticor La France pillée paru
en cinq fois dans l’édition numérique
des Inrocks en mai 2011. Intitulé « rapport
Cleanstream », notre document dénonçait
la corruption à petite et grande échelle,
qui sape les fondements de la République, et
la crédibilité du système politique
représentatif. D’après l’enquête
Corruption et démocratie 2003-2006 du
Cevipof, 60% des Français jugeaient que les élus
et dirigeants politiques étaient plutôt
corrompus. La présomption de corruption serait
d’ailleurs l’un des premiers motifs de vote
extrême ou d’abstention, dans les régions
pauvres notamment.
Pour mémoire, notre association est née
en réaction à la présence du Front
national au second tour de l’élection présidentielle,
en 2002, face à Jacques Chirac.
Exemples à l’appui, la commission
économique Cleanstream d’Anticor pointait
dans ce rapport les conflits d’intérêts
qui faussent les règles du jeu démocratique
de la société française et de l’action
publique du sommet de l’Etat à la base,
dans les collectivités locales.
En quelques chapitres, nous avons voulu passer en revue
les cadeaux fiscaux faits par le Parlement chaque année
aux lobbies, les ventes du patrimoine public au privé,
les délégations de service public dans
des conditions toujours obscures, les conflits d’intérêts…
Sans précédent, notre rapport entendait
montrer, à partir de quelques exemples précis
(auditions, articles de presse…) comment s’organise
aujourd’hui le détournement de l’argent
public dont l’Etat et les collectivités
locales auraient tant besoin pour redresser les comptes
publics. Sous titré « savoir pour agir
», notre rapport formulait des recommandations.
A l’approche des deux grandes échéances
électorales, élections présidentielle
et législative, nous ne saurions nous en tenir
à dénoncer des faits, aussi graves ou
désolants soient-ils. Ce livre, qui reprend des
éléments de notre rapport, se veut aussi
un ensemble de bonnes pratiques à usage des gouvernants,
des élus locaux, de l’administration, des
administrés, des citoyens, des contribuables.
Nous aurions amplement atteint notre but si cet opuscule
apportait sa modeste contribution à la révolution
citoyenne qui a provoqué le départ de
dictateurs en Tunisie, en Egypte et en Libye, le mouvement
des Indignés en Espagne et en Israël, ou
le soulèvement du peuple islandais contre la
crise.
Les choses doivent être claires,
à l’heure où l’accusation
de populisme discrédite n’importe quelle
parole qui tente de remettre en cause les pratiques
de l’élite politique. Nous respectons le
suffrage universel et les principes de la démocratie
représentative. Ne sommes-nous pas une association
dont les membres comptent de nombreux élus ?
Mais nous n’ignorons pas ses limites. Nous voulons
ré-enchanter notre système démocratique
en lui réinsufflant de la citoyenneté
active. Jury citoyen, boycott des édiles qui
pratiquent les conflits d’intérêt,
prime aux élus exemplaires : nous ne sommes pas
des justiciers, des Savonarole associatifs, des Fouquier-Tinville,
ni des redresseurs de tort. Nous pensons simplement
que la lutte contre la corruption est nécessaire
pour que les citoyens se réapproprient un véritable
pouvoir dans l’espace public.
Dans les chapitres qui suivent, nous livrerons
un bref résumé des aspects les plus forts
de notre rapport sur le pillage de la France, de ses
ressources fiscales, de ses biens d'intérêt
général comme l’eau et le chauffage
concédés par des collectivités,
sur décision des élus, à des régies
privées. Nous montrerons que ce pillage
est la conséquence des conflits d’intérêt
qui privilégient les petits conforts particuliers
au détriment du bien commun.
Heureusement, à tous les niveaux
de la société, en France et ailleurs,
des hommes et des femmes ne baissent pas les bras. Nous
mettrons en valeur le comportement d’élus
ou de responsables politiques, au niveau national comme
dans les collectivités territoriales, qui nous
semblent aller dans le sens des bonnes pratiques citoyennes.
Nous prêterons une attention toute particulière
aux mouvements civiques qui se battent contre la corruption
et la dénoncent, à l’instar de ce
que nous faisons au sein d’Anticor depuis bientôt
dix ans.
A l’heure des Révolutions arabes et des
manifestations en Grèce contre les plans de rigueur,
nous avions aussi le devoir d’ouvrir les pages
de ce livre aux quatre vents des exemples venus de l’étranger.
Au final, ce petit ouvrage ne nous appartiendra
plus. Puisse-t-il être lu amplement avant l’élection
présidentielle. Avant, pendant et après.
Nous appelons chaque lecteur et chaque lectrice à
nous rejoindre dans le combat anti-corruption, en méditant
cette autre réflexion de Pierre Mendès
France : « Si cette présence vigilante
ne se fait pas sentir, les gouvernants, les corps organisés,
les fonctionnaires, les élus sont abandonnés
à leur propre faiblesse ».
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