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L’Asie orientale face aux périls des nationalismes
Barthélémy COURMONT
 
 

L’Asie orientale face aux périls des nationalismesL’Asie orientale face aux périls des nationalismes
Barthélémy COURMONT

144 pages
Prix : 13 €
Sortie : janvier 2006
ISBN : 2-915752-10-9


Extraits de l’ouvrage
:

« Avec, pour seulement un total de cinq Etats, plus de 1,5 milliards d’habitants, elle est également l’un des endroits les plus peuplés au monde. L’Asie orientale a indiscutablement connu au cours des deux dernières décennies une croissance qui impose le respect. Mais c’est également une région dans laquelle des lignes de fracture sont apparues de façon très nette. D’abord, sur le plan économique, avec la crise de 1997, qui marqua un coup d’arrêt au « miracle asiatique », au point de le faire apparaître pour certains comme un « mirage ». Ce fut également le cas sur un plan sécuritaire, notamment à l’occasion des deux « crises nucléaires » nord-coréennes, en 1993-94, et depuis 2002. L’Asie orientale est enfin, et surtout, la région dans laquelle continuent de s’affronter des modèles idéologiques, qui masquent parfois de véritables oppositions de nationalismes, déclinées sous plusieurs formes. »

« Sur un plan sécuritaire, deux problèmes en suspens retiennent immédiatement l’attention, en ce qu’ils pourraient être à l’origine d’une crise majeure, ou même d’une confrontation militaire à grande échelle : la Corée du Nord et la question taiwanaise. Or, il est justement intéressant de constater que sur chacune de ces deux questions, l’arbitrage de l’extérieur, en particulier les Etats-Unis, est essentiel et pourrait déterminer l’évolution vers une confrontation ou un règlement pacifique. Les récents développements de la crise nord-coréenne ne font que confirmer cette tendance. L’Union européenne dans le cas de Taiwan, et certains partenaires européens, notamment le Royaume-Uni et la France, dans le cas de la Corée du Nord, semblent également être des arbitres incontournables. Les Etats-Unis comme l’Union européenne apparaissent ainsi, par leur politique étrangère globale et leurs intérêts dans la région, comme de véritables acteurs politiques impliqués en Asie orientale. »

« Le nationalisme chinois n’est pas un mythe, et a même profondément évolué tout au long de l’histoire de l’empire. Faut-il le répéter, le simple nom chinois donné à la Chine, Zhong (milieu) Guo (royaume) suffit à comprendre la façon dont les Chinois perçoivent leur civilisation, et par extension leur pays, sur la scène internationale. L’empire du milieu a toujours vu dans les civilisations l’entourant des vassaux et dans les autres cultures peu connues rien de moins que des barbares. Ce sino-centrisme très prononcé a progressivement, au contact de l’extérieur effectué dans la douleur, évolué vers un nationalisme que les succès économiques du régime ont amplifié et modernisé. »

«C’est pourtant l’opposition à Washington qui alimente le nationalisme contemporain en Chine, et à ce titre les épisodes du bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade en 1999 et de l’avion espion américain autour de Hainan en 2001 exacerbèrent un sentiment anti-américain qui reste très présent dans la population, et est savamment instrumentalisé par les autorités. S’il est pour l’heure exagéré de parler d’opposition, une montée en puissance de ce nationalisme fortement anti-américain pourrait, en fonction des circonstances (notamment des stratégies agressives de Washington), faciliter un affrontement entre les deux puissances qui se définiraient dès lors comme rivales. Faut-il dès lors le rappeler : la perspective d’une possible confrontation entre la Chine et les Etats-Unis n’est pas qu’un fantasme. »

« Pour autant, malgré les différentes options qui sont aujourd’hui proposées pour, dans les meilleurs délais, rivaliser avec Washington, la voie d’un soft power à la chinoise semble plutôt s’imposer. En effet, malgré les craintes des autorités américaines, que nous développerons plus loin dans cette étude, de voir la Chine devenir une puissance militaire majeure avec un budget de défense renforcé, le retard technologique chinois reste considérable, et le budget de défense continue d’apparaître comme ridicule quand il est comparé à celui des Etats-Unis. A l’inverse, un nombre croissant d’observateurs chinois, y compris dans les milieux militaires, recommandent d’accorder la priorité au développement de l’économie et des stratégies d’influence de Pékin, en jouant notamment sur l’importance des diasporas. »

« Pour comprendre la position de la Chine concernant la Corée du Nord, il faut avoir à l’esprit le fait que la politique nord-coréenne de Pékin est avant tout déterminée par l’évaluation de ses propres intérêts ainsi que par l’évolution des rapports de force entre Pékin et Washington. La relation sino-américaine, de par son caractère profondément légitimant pour une puissance chinoise aspirant à être reconnue constitue, comme nous l’avons vu précédemment, le principal déterminant de la politique étrangère de la Chine, et c’est sans doute ce qui explique la très grande ambiguïté de la politique de Pékin vis-à-vis de Pyongyang. »

Question de Taiwan :
« Or, plus que la position chinoise, qui semble rester sur la même ligne, ce sont ces incertitudes du côté de Taiwan qui sont aujourd’hui facteur d’instabilité. Hésitant entre indépendance et réconciliation, l’île offre le spectacle d’une certaine incohérence, dont la Chine pourrait profiter pour retrouver un crédit sur la scène internationale autour d’une question qui, depuis plusieurs décennies, n’est pourtant pas à son avantage. Les regards se portent en effet aujourd’hui sur Taiwan, comme si le danger d’une confrontation sur fond de nationalisme viendrait plus de ce côté-ci du détroit, sous la forme d’une déclaration d’indépendance que la communauté internationale semble craindre. »

Sur le Japon :
« Le 5 avril 2005, le ministère japonais de l’éducation a officialisé la révision des manuels scolaires destinés aux lycéens, qui offrent une véritable révision de l’histoire moderne du Japon, notamment dans sa relation avec les voisins. Ainsi, l’expansionnisme de l’empire n’y est pas présenté comme une forme de colonialisme, et les atrocités commises par les forces d’invasion ne sont pas mentionnés à un degré susceptible de favoriser le rapprochement avec des peuples comme ceux de la Chine ou de la Corée. Cette annonce a été suivie d’une vive protestation des Etats voisins du Japon. »
« Les mêmes signes d’une montée en puissance concernent le budget de défense du Japon qui, malgré une importance infime dans le PIB, est l’un des plus importants au monde, loin derrière les Etats-Unis, mais devant les puissances européennes et les autres Etats de la région. Parallèlement à cela, de nombreux observateurs craignent de voir un jour le Japon renoncer à sa tradition anti-nucléaire, et se doter de capacités dans ce domaine. Les observations de Robert Guillain, qui à la fin des années 60 parlait pour le Japon de « grandeur sans la bombe » semblent aujourd’hui bien éloignées. Puissance nucléaire civile majeure, comme l’a encore prouvé récemment la rivalité avec la France au sujet de l’implantation du réacteur ITER, le Japon pourrait en effet, en l’espace de quelques mois, faire aboutir un programme nucléaire militaire s’il le jugeait nécessaire. »
« Le Japon sait que son accession au rang de puissance politique majeure passe davantage par une meilleure relation avec ses voisins et un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, que par une armée forte et à certains égards inutile. Il y a donc, sur cette question, un certain décalage entre les autorités politiques qui pratiquent une diplomatie active, tout en montrant de quoi serait capable Tokyo en cas de déception, et une population qui se montre de plus en plus sensibilisée par un discours nationalisme rajeuni. »

Sur la Corée du Sud :
« Pour la Corée du Sud, la menace militaire en cas de conflit dans la péninsule est immédiate. Située à moins de cinquante kilomètres de la zone démilitarisée, la région de Séoul, qui regroupe plus de 11 millions d’habitants, pourrait être transformée en « océan de flammes » par les moyens d’artillerie traditionnels pourtant peu sophistiqués dont dispose la Corée du Nord. La capitale pourrait également, comme ce fut le cas en 1950, être directement visée par un déferlement de troupes mal équipées, mais en grand nombre, contre lesquelles les capacités de défense pourraient s’avérer insuffisantes. La Corée du Sud fait face à un risque de destruction assurée qui n’implique même pas forcément des frappes balistiques, et encore moins nucléaires. »
« Dans les années 90, l’exemple de la difficile digestion de l’Allemagne de l’Est par la République Fédérale allemande fut analysé de près en Corée du Sud. On y mit l’accent sur les disparités économiques et sociales énormes, mais aussi sur les différences idéologiques profondes. Malgré le fait que la RDA était souvent présentée comme l’une des économies les plus avancées du bloc de l’Est, la réunification fit apparaître au grand jour des déséquilibres insoupçonnés, qui posèrent problème à la stabilité de l’économie de l’ensemble de l’Allemagne. Or, l’économie nord-coréenne est, tout le monde l’admet, l’une des plus sinistrées au monde. »

Sur la Corée du Nord :
« De son côté, le régime nord-coréen semble n’aspirer qu’à la survie, le plus grand risque pour cet Etat d’un autre âge étant l’implosion, qui ne profiterait à personne tant les conséquences humanitaires pourraient être catastrophiques. Ainsi, de chantage en menace, Pyongyang pratique un nationalisme aux allures de paranoïa, savamment instrumentalisé par un pouvoir central omniprésent, et dont la meilleure leçon de rationalité est justement de passer pour un fou, afin de mieux dissuader ceux qui voudraient se frotter de trop près. »

Sur la Chine et les Etats-Unis :
« Et pourtant, exagérer la menace chinoise n’était pas sans arrière pensée. D’une part, l’identification d’un tel adversaire – et quel adversaire ! – offrait aux lobbies militaro-industriels des arguments supplémentaires pour justifier des acquisitions conséquentes, dans un environnement international somme toute moins menaçant. Les bénéficiaires les plus notables furent les industries participant au programme de bouclier antimissile, dont la Chine fut rapidement identifiée comme l’un des arguments principaux, la stabilité de Pékin pouvant sur le long terme faire l’objet de toutes les spéculations. D’autre part, l’objectif de Washington était de forcer Pékin à faire preuve de transparence et de bonne volonté, notamment en ouvrant son économie à la mondialisation. »

 
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