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Prospérité contre écologie ?
L’environnement dans l’Amérique de G.W. Bush

Olivier DELBARD
 
 

Prospérité contre écologie ? L’environnement dans l’Amérique de G.W. BushProspérité contre écologie ?
L’environnement dans l’Amérique de G.W. Bush

Olivier DELBARD

144 pages
Prix : 13 €
Sortie : mars 2006
ISBN : 2-915752-11-7

Extraits de l'ouvrage

« Pour un public plus averti et sensibilisé aux questions de protection de l’environnement, la volonté affichée de l’Administration Bush d’ouvrir aux forages pétroliers certaines zones protégées de l’Arctic National Wildlife Refuge, en Alaska, ou encore celle de geler toutes les législations environnementales pendant la période de reconstruction dans les Etats du Sud touchés par Katrina ne peuvent que choquer et entériner des points de vue déjà lourdement négatifs. Enfin, un observateur attentif de la politique intérieure américaine aurait également tout loisir de confirmer cette impression, ne serait-ce que par les multiples tentatives de l’Administration actuelle d’amender, d’alléger, voire de vider de leur substance bon nombre de législations environnementales, ou en tout cas de privilégier en toutes circonstances les intérêts des grands groupes industriels, notamment pétroliers. On peut encore citer, pour donner quelques exemples concrets de la nouvelle politique environnementale, l’ouverture du parc national de Yellowstone à des modèles particulièrement polluants de motoneiges, l’autorisation de construire des routes et de pratiquer l’abattage commercial sur environ 25 millions d’hectares de zones boisées auparavant protégées, ou la nomination à la direction du Fish and Wildlife Service (qui gère les espèces menacées) de Matthew Hogan, qui défendait jusqu’à présent les intérêts du Safari Club International, organisme dédié à la chasse au gros gibier dans le monde entier… »


A propos de l’écologisme de marché…

« C'est d’ailleurs au sein des universités américaines que s’est développé, dans les années 1980, un courant inédit jusque-là, « l’écologisme de marché » (free market environmentalism), dernier avatar de la pensée néolibérale. Ce courant, qui pose comme postulat de départ le recours au marché comme seul outil d’amélioration de l’état de l’environnement, a vu son influence croître considérablement au sein des milieux politiques dans les années 1990, se matérialisant dans un premier temps par la mise en place de marchés de droits à polluer, puis devenant le socle idéologique de l’Administration Bush en matière de politique publique d’environnement. On peut donner comme exemple l’utilisation de la courbe environnementale de Kuznets, qui montre la corrélation entre niveau de développement économique et niveau d’investissements pour l’environnement. Selon cette courbe en U inversée, ce n’est qu’au-delà d’un certain seuil de développement qu’un pays s’intéresse directement à protéger son environnement. Analysée à l’aune de la pensée ultralibérale, cette courbe vient justifier la nécessité de garantir les conditions du développement économique avant de mettre en œuvre une politique publique visant directement la protection de l’environnement. L’autre exemple d’actualité aux Etats-Unis est le mouvement en faveur de la privatisation de l’immense domaine public fédéral, car ce n’est qu’en confiant la gestion des terres au privé que celles-ci pourront, selon les partisans d’une telle approche, être entretenues efficacement »


A propos de Kyoto et les États-unis…

« Ce refus de ratifier le protocole de Kyoto, accepté par 141 pays et finalement entré en vigueur en février 2005, est d’autant plus symptomatique que le fonctionnement même de ce protocole, son architecture et le modèle économique sur lequel il repose sont directement inspirés de la pratique américaine des marchés de droits d’émission chers aux libéraux de l’environnement. D’ailleurs, ce n’est pas le principe de fonctionnement que récusent les Etats-Unis, mais l’obligation faite aux Etats signataires de répondre à des objectifs chiffrés, objectifs fixés en fonction du poids relatif du pays en termes d’émissions de gaz à effet de serre ; or les Etats-Unis sont le plus gros contributeur net d’émissions à gaz à effet de serre, avec, rappelons-le, environ 30 % du total mondial. C'est pourquoi ils ont décidé de lancer leur propre programme de séquestration de dioxyde de carbone, avec d’autres pays réfractaires à Kyoto, comme l’Inde, la Chine ou encore l’Australie. Les Etats-Unis ont signé en juin 2005 un accord non contractuel, l’ Asia-Pacific Partnership for Clean Development and Climate, par lequel les signataires, qui représentent plus de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre, s’engagent à des actions volontaires et individuelles de réduction de ces émissions, sans calendrier ni engagement quantifié, ce qui a été fortement critiqué, notamment par l’Union européenne.

Les Etats-Unis investissent également des sommes importantes sur l’hydrogène, qui pourrait s’avérer une énergie de substitution valable, mais à plus long terme et pour les plus riches seulement. Car comme l’explique fort justement Pierre Radanne, ces orientations «  vont coûter très cher et ne concerneront que les pays riches en combustibles fossiles et techniquement les plus avancés. Ces options, liées aux intérêts des groupes industriels du secteur énergétique, ont déterminé ces dernières années les priorités des Etats-Unis ». Le plan de l’Administration Bush mise donc sur un long terme qui peut représenter un nouvel avantage stratégique, et se garde bien de se fixer quelque objectif contraignant que ce soit, alors même que de plus en plus d’experts interpellent chaque jour la communauté internationale sur les risques graves qui pèsent à court terme sur la planète si rien n’est fait pour inverser fortement le phénomène d’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre. »


A propos du fédéralisme américain…

« Il est clair que l’Administration Bush est entrée dans une logique de désengagement de l’Etat fédéral assez extrême, alors même que ce phénomène de désengagement n’est pas nouveau : depuis Ronald Reagan, tous les présidents, y compris Bill Clinton, n’ont eu de cesse d’insister sur la nécessité de réduire le poids de l’administration centrale, de le rendre le plus « petit » possible, « frugal », etc. Mais l’élection de George W. Bush a placé au pouvoir de véritables idéologues du désengagement de l’Etat fédéral, qui expriment pour certains d’entre eux un véritable dédain, voire un franc mépris, du pouvoir central, une position anti-gouvernement qui rappelle les grands débats sur le fédéralisme américain au moment de l’indépendance du pays.

C'est donc une forme de fédéralisme « primaire » qui renaît à Washington, la vision utopique d’une nation organisée autour des droits de chaque individu, en l’occurrence le petit propriétaire privé qui travaille dur et ne veut pas voir ses intérêts mis en danger par les bureaucrates de Washington. Cette vision, reflet d’un idéal à la Jefferson, est absolument passéiste quand on sait l’ampleur des enjeux planétaires et nationaux pour une superpuissance telle que les Etats-Unis d’Amérique. N’oublions pas que s’ajoute à cela la forte empreinte de la culture sudiste, pour ne pas dire texane, qui a toujours été suspicieuse du pouvoir central détenu par les élites du Nord. »


La protection des espaces aux Etats-unis

« Au cours de ces années de débats animés à propos de l’avenir du parc de Yellowstone, un Ecossais d’origine, John Muir, installé dans le Wisconsin avec sa famille depuis 1849, partit en 1868 à la découverte des espaces sauvages du pays. Son périple le conduisit jusqu’en Californie, et c’est finalement dans la Sierra Nevada qu’il approfondit son amour pour la nature, développant sa propre philosophie dans le sillage d’Emerson et de Thoreau. Sillonnant sans relâche le Yosemite, et choqué par les abus spéculatifs et la cupidité des intérêts privés, John Muir mobilisa l’opinion et le Congrès afin d’accorder à Yosemite un statut de parc national, à l’image de Yellowstone. La loi, après avoir été votée par le Congrès sans réelle difficulté, fut signée en septembre 1890 par le président Harrison. Il n’est pas exagéré de dire que Muir joua un rôle crucial dans la mise en œuvre de la première loi de protection d’un site naturel motivée par des considérations esthétiques et morales, et qui reconnaît explicitement la nécessité de préserver la wilderness, ce patrimoine historique d’une valeur inestimable.

Après l’adoption de cette loi, Muir créa une organisation de défense des parcs de Yellowstone et du Yosemite, et participa à la création d’un club de randonnée alpine. Ces deux projets se rejoignirent en 1892, lorsque Muir et une vingtaine d’amis créèrent le Sierra Club, non seulement comme club alpin de découverte des montagnes de la côte pacifique, mais aussi comme association destinée à la préservation des forêts et des montagnes de la Sierra Nevada. Très rapidement, le Sierra Club devint la référence en matière de découverte et de protection de la nature. Aujourd’hui, la doyenne des associations de protection de la nature est un groupe de pression incontournable, fort de plus de 750 000 membres à travers les Etats-Unis. »


Le tournant écologiste

« Plusieurs facteurs permettent de comprendre pourquoi l’Amérique prospère des années 1950 et 1960 va soudain prendre conscience de l’urgence écologique dans le pays et de la nécessité de légiférer pour protéger l’environnement face à de nouvelles menaces.

Tout d’abord, le mode de vie des Américains change considérablement après la guerre. L’élévation du niveau de vie entraîne une urbanisation importante, qui se matérialise par l’apparition de banlieues s’étendant à perte de vue… Alors que les Américains s’éloignent à la fois d’un mode de vie rural et des centres villes, ils recherchent de plus en plus les plaisirs de la nature et un environnement sain. A ce titre, la fréquentation des parcs nationaux explose : elle double entre 1954 et 1962, pour doubler à nouveau lors de la décennie suivante.

Le développement économique et industriel laisse par ailleurs des traces visibles dans l’environnement : la pollutions de l’air, comme le tristement célèbre smog de Los Angeles, ou celle de l’eau, qu’il s’agisse des rivières, des lacs ou du littoral, se multiplient ; les déchets toxiques s’accumulent à ciel ouvert, les infrastructures de béton envahissent le paysage, les marais sont asséchés, etc. En outre, la population a de plus en plus le sentiment que les promoteurs de ce développement incontrôlé ne se sentent pas responsables de leurs actes et ont les mains entièrement libres.

Enfin, cette génération d’après-guerre qui se mobilise, socialement et politiquement, contre la guerre, et pour les droits de la minorité noire et des femmes, intègre l’idée que l’environnement est une autre cause majeure et que le militantisme ne doit pas concerner seulement le nucléaire, mais aussi l’environnement immédiat, la protection des espèces et des paysages, ou encore la qualité des ressources naturelles. Les Etats-Unis sont un des premiers pays dans lequel une base se mobilise autour de questions d’environnement, et le mouvement écologiste sera « mis sur orbite » dès les années 1960. »

Parallèlement, cette même décennie marque l’avènement des mouvements de consommateurs, autour notamment de Ralph Nader, dont l’ouvrage Unsafe at any Speed trouve un écho important dans la société.


La loi sur la protection des espèces

« La loi sur la protection des espèces, l’Endangered Species Act (ESA), votée en 1973, est l’un des fleurons de la législation états-unienne en matière d’environnement. Cette loi, l’une des plus contraignantes au monde, aura été, dès sa mise en application, soumise à de très fortes controverses. Elle est aujourd’hui l’une des cibles prioritaires de l’Administration Bush, et certains représentants au Congrès en font un cheval de bataille permanent. Le but recherché est assez simple : la loi vise à protéger toute espèce animale ou végétale dont la survie peut être menacée par des activités humaines telles que le développement économique, l’exploitation du bois, l’agriculture et la pollution. »


A propos de l’opinion américaine

« On a souvent tendance, notamment depuis la réélection de George W. Bush, à décrire les Etats-Unis comme un pays coupé en deux de façon assez nette entre les conservateurs et les religieux du Sud, qui soutiennent le président, et l’Amérique démocrate et progressiste des côtes est et ouest, qui s’oppose à l’idéologie ultralibérale et anti-environnementaliste de l’Administration. Si la dernière élection a en effet montré une forte polarisation de la société autour des candidatures de George W. Bush et de John F. Kerry, la réalité concernant l’attitude de l’opinion publique vis-à-vis des questions environnementales est beaucoup plus complexe et contrastée qu’on ne l’imagine.

Une enquête réalisée en mai 2005 par la Yale University School of Forestry and Environmental Studies nous livre une image assez fine de l’opinion américaine aujourd’hui face aux enjeux de l’environnement. »


Les Etats américains et l’environnement

« Aujourd’hui, la situation est de plus en plus contrastée d’un Etat à l’autre dans des domaines tels que le système de protection sociale et de santé. Le même type de phénomène se produit pour la gestion de l’environnement et des ressources : devant l’effacement, voire l’absence du gouvernement fédéral sur des questions comme le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, dont le CO 2, l’efficacité énergétique, la diversification de la politique du pays ou les contraintes réglementaires imposées aux entreprises, certains Etats prennent les devants en mettant en place leurs propres législations et réglementations.

A ce titre, la Californie est un cas particulier, dans la mesure où cet Etat puissant dispose depuis longtemps d’une tradition de politique environnementale qui fut souvent pionnière. L’Etat a d’abord été profondément marqué par les conséquences dramatiques de la ruée vers l'or des années 1850 sur la Sierra Nevada, les rivières et la baie de San Francisco. Les Californiens vécurent en outre « en direct » les héroïques batailles autour de la protection du Yosemite et les questions d’approvisionnement en eau (Hetch Hetchy). Confrontée ensuite au très rapide développement de l’agriculture, elle fut le premier Etat à réguler l’utilisation des pesticides au début du xx e siècle. Forte de sa tradition progressiste et soucieuse de son environnement, la Californie fut ensuite, dans les années 1960 et 1970, un véritable laboratoire d’idées nouvelles, l’un des lieux les plus en pointe en matière de pensée écologiste et de mobilisation pour la justice environnementale. »


Les entreprises américaines entrent en piste !

«  Néanmoins, il est clair que la tendance est à une prise en compte croissante des exigences environnementales par le monde des affaires américain.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution marquée depuis quelques mois. Tout d’abord, les multinationales américaines sont présentes dans de nombreux marchés qui sont eux-mêmes soumis à des contraintes réglementaires beaucoup plus importantes, notamment au Japon et bien sûr dans l’Union européenne. De nombreuses installations américaines présentes sur le sol européen se trouvent de fait concernées par le marché de permis d’émissions de CO 2 et doivent se mettre en conformité ; dans ce cas, et pour des soucis stratégiques et d’efficacité, leur intérêt est d’étendre les changements requis au groupe tout entier. C'est donc une raison assez logique pour laquelle certaines entreprises américaines ont décidé de mettre en place des plans de réduction d’émissions de CO 2.

D’autre part, les entreprises américaines se trouvent confrontées à des situations réglementaires très diverses sur le territoire des Etats-Unis lui-même : la mise en place de plans de réductions d’émissions de gaz à effet de serre et autres programmes contraignants par de nombreux Etats de l’Union et par certaines municipalités est une nouvelle réalité que les entreprises doivent également gérer au niveau national.

Une autre raison de fond est la pression de plus en plus forte des milieux financiers et des investisseurs : ainsi de nombreuses grandes banques d’affaires américaines font-elles pression sur leurs entreprises clientes pour qu’elles s’engagent sur la voie de la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les investisseurs institutionnels tels que les puissants fonds de pension américains exigent le même type d’engagement des entreprises dont ils sont actionnaires. Enfin, il ne faudrait pas oublier la forte poussée des investissement dits « socialement responsables », qui représentent aujourd’hui plus 2 000 milliards ! Les Etats-Unis sont le plus grand marché de ces portefeuilles éthiques qui sélectionnent (positivement ou négativement) les entreprises en fonction de certains critères, parmi lesquels de nombreux critères environnementaux et de responsabilité sociale. Bien qu’il soit difficile de comparer la réalité américaine et européenne, la part de marché des investissements socialement responsables représenterait plus de 10 % aujourd’hui aux Etats-Unis contre à peine 1 % en France. En tout cas, la part grandissante des ces choix d’investissements est le reflet de la mobilisation de l’opinion publique analysée précédemment, car de très nombreux citoyens aux Etats-Unis investissent « naturellement » en bourse. D’ailleurs, plusieurs indices sont nés aux Etats-Unis pour évaluer la performance des entreprises retenues par les fonds éthiques. Parmi ceux-ci le Dow Jones Sustainability Index (DJSI) et le Domini 400 Social Index sont des références mondiales en la matière. »

 

 
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