| Élysée 2007. Les questions clefs des Français
Eddy Fougier, Béatrice Houchard, Henri Vernet, Émilie Chapuis
192 pages
18 €
Sortie : février 2007
ISBN 978-2-915752-19-9
Extrait de l'ouvrage : introduction complète
Ce sera l’élection de la rupture. La présidentielle des 22 avril et 6 mai, suivie des élections législatives des 10 et 17 juin, devrait marquer l’histoire politique. Les Français l’ont compris. Dans leurs conversations, et sondages à l’appui, on découvre que l’élection présidentielle de 2007 les intéresse bien plus que les précédentes. Sans doute faut-il remonter à 1981 et à la première alternance de la Ve République (avec l’élection de François Mitterrand face à Valéry Giscard d’Estaing) pour retrouver semblable curiosité.
Election de la rupture, d’abord, parce qu’une génération d’hommes politiques va partir à la retraite. Sauf coup de théâtre, 2007 marquera, en même temps que le quarantième anniversaire de son arrivée aux affaires gouvernementales, la fin de la carrière politique de Jacques Chirac, qui a eu 74 ans le 29 novembre 2006. Hormis Jean-Marie Le Pen (78 ans) tous les candidats susceptibles de jouer l’un des premiers rôles sont issus d’une nouvelle génération. On ne saurait dire qu’ils sont « jeunes » puisque aucun d’entre eux n’a moins de 50 ans (alors que Valéry Giscard d’Estaing, en 1974, fut élu à 48 ans). Mais tout de même : Nicolas Sarkozy a 52 ans. Ségolène Royal, 53. François Bayrou, 55.
Ainsi la France va-t-elle rejoindre le peloton des pays européens qui mettent à leur tête des chefs de gouvernement quinquagénaires : le Britannique Tony Blair, qui va déjà quitter le pouvoir, aura 54 ans…le jour du second tour de l’élection française; l’Espagnol José Luis Zapatero, en Espagne, n’a que 46 ans ; l’Allemande Angela Merkel, 52.
Mais l’âge n’est pas tout. Le prochain président sera aussi le premier en France, selon le joli mot de l’écrivain Marc Lambron, qui « ne cache pas de cadavre dans le placard » : ni celui de la guerre et de la Résistance, comme François Mitterrand ; ni celui de la guerre d’Algérie et de ses déchirements, comme Jacques Chirac ; ni celui des séquelles du trotskisme, comme Lionel Jospin. Débarrassés du poids de l’Histoire, tout en assumant ses heures glorieuses et ses heures sombres, ils sont arrivés à la vie politique après les 30 glorieuses. Ce sont les candidats de l’ère d’Internet, de la mondialisation et du chômage de masse. Même de mai 68, ils sont débarrassés. Ce n’est pas un hasard si tous, de gauche comme de droite, parlent de travail, de mérite et d’effort, ne cherchent plus la plage sous les pavés et parlent des interdits sans complexes. Edith Cresson a pu affirmer que « Ségolène Royal, c’est la fin de mai 68 ». Mais le mot pourrait aussi s’appliquer à Nicolas Sarkozy et à François Bayrou.
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Election de la rupture, ensuite, parce que les deux grands favoris – à ce jour- de l’élection ne sont ni président sortant, ni ancien candidat à la présidence de la République, ni Premier ministre ancien ou en exercice. C’est tout simplement la première fois que cela arrive en France depuis qu’existe l’élection présidentielle au suffrage universel. C’est aussi la première fois, et ce n’est pas une mince révolution, qu’une femme est susceptible, peut-être, d’accéder à l’Elysée. Dire que les réflexes machistes sont oubliés serait aller vite en besogne. Mais la France, réputée si conservatrice, s’est habituée à cette hypothèse avec une incroyable célérité. Une grande sérénité aussi, et peut-être même un peu de fierté.
Cela ne signifie pas que les candidats de 2007 soient tout nouveaux sous le soleil de la politique : Nicolas Sarkozy, déjà porte-parole du gouvernement et ministre du Budget entre 1993 et 1995, est ministre presque sans discontinuer depuis 2002, alternativement de l’Intérieur et de l’Economie et des Finances. Ségolène Royal, députée depuis 1988, présidente de la Région Poitou-Charentes depuis 2004, a été trois fois ministre entre 1992 et 2002. François Bayrou a été, entre 1993 et 1997, ministre de l’Education nationale. Mais il y a chez eux une manière de faire de la politique, qui crée une vraie césure avec leurs prédécesseurs, qui ont tant promis et pas toujours, loin s’en faut, tenu leurs promesses, créant un scepticisme voire un rejet de plus en pus important de la part des électeurs. Ils sont sans doute moins brillants dans l’abstraction intellectuelle que Mitterrand ou Giscard. Ils ont peut-être mieux compris que leurs aînés de quoi souffre la société française.
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Election de la rupture, enfin, parce que –justement- la France souffre et ne peut plus attendre. Elle a besoin de décisions, de réformes, d’ambition, de souffle. Elle a aussi besoin de débat. L’élection présidentielle de 2002, en plaçant au second tour Jean-Marie Le Pen, avait laissé sur leur faim les amateurs de confrontations d’idées. Le débat d’entre deux tours n’avait pas eu lieu. Et pour retrouver un vrai débat droite/gauche, il faut remonter au face à face entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, en 1995. C’était il y a douze ans !
La France de 2007 est une France inquiète, déprimée, qui rejette ses élites dirigeantes tout en voulant encore croire au pouvoir de la politique. Une France qui bout dans les banlieues et qui gronde aussi dans ses campagnes. Une France largement coupée en deux -on l’a vu lors du référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne- où il ne faudrait pas grand chose pour que des catégories se dressent les unes contre les autres : Paris contre la province ; les fonctionnaires contre les salariés du secteur privé ; les travailleurs ayant un emploi contre les chômeurs ; les salariés qui « se lèvent tôt le matin, » comme dit Nicolas Sarkozy, contre ceux qui vivent de l’assistance ; la France du TGV contre la France rurale enclavée, où ferment jour après jour les écoles, les bureaux de poste, les petits commerces et les cabinets médicaux.
La France de 2007 rêve, sans toujours savoir l’exprimer, d’un grand dessein collectif. Mais elle s’interroge aussi sur le rôle qu’elle joue aujourd’hui dans le monde. A l’heure d’une mondialisation qui, à tort ou à raison, fait peur, le pays a des atouts mais souvent persiste à les nier. A l’heure où il faudrait se battre pacifiquement face aux pays émergents, elle broie du noir, se recroqueville sur elle-même, ne voit que le côté négatif des événements. Comme si, en panne de grand projet, à la recherche d’une identité qu’ils croient perdue dans l’immigration, l’intégration européenne et la globalisation économique, les Français cherchaient à comprendre de quel poids peut bien peser, en 2007, ce pays qui a donné pendant des siècles des leçons à la terre entière et qui constate que tous ses fameux « modèles » sont en panne. La France est dressée comme naguère le Tiers-Etat, pour reprendre la formule de François Bayrou. Pour un peu, certains la diraient en situation pré- révolutionnaire. Tous les symptômes sont là mais la tradition démocratique veille : car entre la révolte et la révolution, il y a le suffrage universel.
Le futur Président de la République, ou la future Présidente, sait donc
ce qui l’attend. Car il ne faut pas s’y tromper : si les débuts de la campagne ont été marqués par la course à l’image, dans une vie politique menacée chaque jour par une « pipolisation » parfois complaisamment utilisée par les intéressés, la France a besoin de solutions à ses nombreuses souffrances.
En douze chapitres, en douze chantiers, la liste des défis à relever est sur la table: chômage ; pouvoir d’achat rebaptisé « vie chère » par la candidate du Parti socialiste ; sécurité ; identité et immigration ; santé, retraites, éducation, fiscalité, institutions, Europe, politique étrangère, croissance, environnement. Au-delà des programmes dont le foisonnement et la variété devraient faire taire ceux qui pensent que les politiques n’ont plus rien à proposer, c’est celui qui comprendra le mieux cette France-là, qui gagnera l’élection du 6 mai. Les électeurs ont toutes les clés en mains. Celles de l’élection. Celles de leur destin.
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