| L'état
de l'Union 2009, rapport Schuman sur l'Europe
Thierry Chopin et Michel Foucher (Dir.)
266 pages
19 €
Sortie : Avril 2009
ISBN 978-2-915752-47-2
Extraits de l'ouvrage
Préface de l’ouvrage
: L’Europe à la croisée des siècles
A peine a-t-elle fêté ses
50 ans et les dix ans de l’Euro que l’Union
européenne doit affronter sa première
véritable dépression économique.
Après les Etats-Unis, elle est entrée
en récession. C’est une situation sans
précédent depuis la Seconde Guerre mondiale
et, à bien des égards, c’est une
heure de vérité pour cette patiente construction,
qui, jusqu’ici, malgré les crises et les
hésitations, n’a pas cessé de progresser
vers toujours plus d’intégration.
L’ampleur des mouvements en cours
est désormais reconnue.
On voit le « basculement du monde sur son axe
», au détriment de l’Occident et
au profit de l’Asie ; on mesure la contestation
nouvelle des pays du Sud envers un Nord riche et égoïste
qui se dépeuple ; on sonne la fin de l’heure
de l’Amérique et de sa grande alliée
européenne ; le réchauffement climatique
diffuse un vent d’inquiétude sur les situations
les plus acquises. Il souffle sur les Européens
un parfum de doute et d’angoisse à l’aube
du nouveau siècle.
A l’évidence, la construction
européenne est confrontée à de
nouveaux défis.
Ses succès sont considérés un peu
vite comme acquis. L’extraordinaire prospérité
résultant de la paix retrouvée et de la
stabilité garantie par une organisation supranationale
est à peine évoquée. Pourtant l’on
peut légitimement s’interroger : comment
l’Europe, et même le monde, aurait-elle
subi les premiers effets de la crise financière
sans l’Euro ? Comment les 27 Etats membres de
l’Union auraient-ils fait face à la bourrasque
financière sans la résilience que leur
a apportée le grand marché européen
?
Devenue la première zone de production de richesse,
avec plus de 22% du PIB mondial, forte d’une culture
de l’échange qui génère 42%
du commerce mondial, l’Europe de 497 millions
d’habitants, qui attire les peuples et les Etats,
immigrants et postulants à l’adhésion,
dont la qualité de vie et les protections juridiques
individuelles et collectives sont sans équivalent,
cette Europe-là semble douter.
Car cette crise intervient au moment où l’Union
peine à se réformer. Les tribulations
du projet de Constitution européenne et du Traité
de Lisbonne, les questionnements récurrents de
l’opinion envers les institutions européennes,
les divergences entre Etats membres à propos
de la politique internationale, matérialisées
lors de la guerre d’Irak, avaient déjà
troublé la marche de la construction européenne.
Certaines de ses politiques sont maintenant contestées
comme l’élargissement, l’agriculture,
la concurrence, la politique commerciale. Les nécessaires
disciplines, et surtout les procédures mises
en œuvre pour assurer le respect des règles
communes, sont ouvertement remises en cause par un débat
public européen en voie de constitution. Faut-il,
pour autant, y trouver des raisons de pessimisme ?
L’Europe devient plus politique
et se trouve confrontée à des défis
politiques qui ne permettent plus de poursuivre le projet
européen seulement avec les mêmes méthodes
que par le passé. En fait, conformément
aux objectifs avoués dès l’origine
par les Pères fondateurs, la construction communautaire
a atteint le seuil de l’Union politique. Elle
hésite, trébuche, s’interroge. Elle
semble défiée par le monde, de plus en
plus impliquée dans les sujets globaux.
Pour faire face à ces défis,
l’Union européenne ne manque pas d’atouts.
Le présent ouvrage les rappelle, tout simplement
en présentant des données statistiques
et cartographiques originales, voire inédites,
sur la réalité européenne.
L’Union dispose de règles communes, à
partir de six traités fondateurs, et peut-être
bientôt sept, d’institutions qui fonctionnent
et dont est ici analysée l’évolution,
de politiques communes qui ont réussi, qui sont
précisément décrites. Elle peut
présenter aux Européens des résultats
tangibles, tant en matière économique
qu’en ce qui concerne l’état de droit.
De nouvelles perspectives s’ouvrent à elle
dans des domaines de compétences nouveaux. C’est
la raison pour laquelle le Rapport Schuman 2009 ouvre
ses colonnes au Vice-président de la Commission
européenne en charge de la Justice, des Libertés
et de la Sécurité, Jacques Barrot ainsi
qu’au Ministre fédéral allemand
de l’Intérieur, Wolfgang Schäuble,
deux personnalités des plus éminentes
qui ont œuvré concrètement au rapprochement
des législations et à de véritables
politiques communes dans ce domaine de souveraineté
nationale traditionnelle. Leur engagement européen
de toujours n’y est pas étranger. Il correspond
à une véritable vision de l’unification
européenne, qui doit aussi accepter d’avancer
pas à pas quand il n’est pas possible de
faire autrement. On trouvera aussi dans le présent
ouvrage les preuves tangibles d’une vie politique
à l’échelon européen : le
calendrier des élections, la mesure des sentiments
de l’opinion européenne, le rappel de la
production normative communautaire annuelle.
En outre, « l’Europe en chiffres commentée
» offre au lecteur des chiffres et de statistiques
précises, pour la plupart calculées en
Euros – innovation pour l’instant unique
– sur l’économie de l’Union.
Des cartes originales illustrent ces données.
Cette partie de l’ouvrage rappelle ce qu’est
devenue la construction européenne, trop souvent
méconnue des élites politiques nationales,
et nous entraine insensiblement vers la réflexion
géopolitique qu’appelle ce début
de 21ème siècle.
Le modèle européen est
parfaitement adapté à la mondialisation
comme c’est ici brillamment démontré.
Il a pris sa place dans un nouveau contexte bien anticipé
par les Fondateurs de la construction européenne
et produit nombre d’effets protecteurs d’identités
et de valeurs auxquelles les Européens sont attachés.
Les interrogations internes de l’Union se retrouvent
lorsqu’on examine les problématiques internationales.
La relation avec les Etats-Unis demeure un sujet important
et la démonstration est réitérée
d’un éloignement américain de l’Europe
qui ne saurait s’expliquer par la seule action
de l’administration sortante. Il s’agit
de visions différentes de l’ordre mondial.
La stratégie européenne de sécurité,
fondement d’une Europe de la Défense plus
achevée est désormais le premier chantier
de l’Union, qui déterminera largement la
crédibilité ou la faiblesse de sa politique
étrangère commune en construction.
A l’évidence, l’Union
européenne, née au 20ème siècle,
se trouve, à l’orée du 21ème,
à la croisée des chemins. Cette fois-ci,
elle joue sa place et son rôle dans le nouvel
ordonnancement du monde. Peut-être ses choix n’ont-ils
jamais été aussi cruciaux depuis sa création.
Aura-t-elle le ressort et l’envie de se penser
en puissance sur la scène mondiale ? Saura-t-elle
s’unir sur un tel objectif ou se divisera-t-elle,
ce qui aurait pour effet immédiatement d’enclencher
un mécanisme de constitution d’une Europe
à plusieurs vitesses ? Les Européens
sont dans l’attente d’initiatives politiques
majeures montrant une volonté appuyée
sur une vision d’avenir et prête à
affronter de nouveaux débats avec courage. Il
y a urgence, comme s’efforcent de le démontrer
avec une rigueur toute scientifique les auteurs de cet
ouvrage collectif qu’il faut chaleureusement remercier.
Jean-Dominique GIULIANI
Président de la Fondation Robert Schuman
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L’Europe dans la mondialisation
: la pertinence du modèle européen
« Avenir radieux pour les uns,
catastrophe annoncée pour d’autres, la
mondialisation fait au moins l’unanimité
quant à sa capacité à modifier
en profondeur l’ensemble du système international.
L’accumulation des crises récentes (contestation
stratégique de la Russie, éclatement de
la bulle financière, menace de récession
mondiale, sur fond de dégradation continue de
l’environnement) ne fait que confirmer la Grande
Transition planétaire dans laquelle nous sommes
entrés. S’agissant de l’Union européenne,
le paradoxe est d’ores et déjà frappant
: la mondialisation fragilise d’une part, de façon
sérieuse, la mise en oeuvre des politiques européennes
communes ; mais elle valide d’autre part, tout
aussi fortement, la pertinence et la modernité
du modèle européen de gouvernance et d’intégration.
L’Europe et les effets de la mondialisation
Alors que les élections de juin 2009 vont propulser
une nouvelle équipe à la tête de
l’Union, il n’est pas inutile de s’interroger
sur l’environnement international dans lequel
cette nouvelle Union devra vivre et si possible prospérer.
D’une crise à l’autre, la mondialisation
dessine un système international complexe, instable,
schématiquement réductible aux trois formules
suivantes : un monde moins occidental mais plus interdépendant
; un monde de plus en plus multipolaire mais de moins
en moins régulé ; un système écartelé
par une double logique d’intégration et
de confrontation. »
Nicole GNESOTTO
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l'une des cartes de l’ouvrage : L'europe politique
en 2009 (doc. Pdf)
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