| L'état
de l'Union 2010, rapport Schuman sur l'Europe
Thierry Chopin et Michel Foucher (Dir.)
304 pages
19,50 €
Sortie : février 2010
ISBN 978-2-915752-56-4
Préface de l'ouvrage
Carte : l'Europe au féminin
Supplément : l'Europe et la croissance
« verte »
Extrait
de l'ouvrage : préface
Sortie de crise pour l’Europe ?
L’Union européenne est enfin
parvenue à réformer ses institutions.
Les observateurs prédisent qu’il n’y
aura pas d’autre avancée de même
nature avant longtemps. Depuis le 1er décembre
2009, elle est dotée de mécanismes et
d’institutions nouvelles qui devraient lui permettre
d’améliorer son fonctionnement, d’être
plus présente sur la scène mondiale et
de décider plus facilement.
Ce processus d’élaboration et surtout d’acceptation
par les États membres fut long, plus de quinze
ans, erratique, pénible et laborieux, mais il
a, une fois de plus, réussi.
Il a mis en exergue les attentes des Européens,
la diversité réelle d’une Union
à 27, les faiblesses de cette entité politique
d’un genre inédit que nous avons construite
sur un continent jadis perpétuellement déchiré.
Les premières nominations intervenues à
la présidence du Conseil et aux fonctions de
Haut Représentant pour la politique extérieure
et de sécurité commune, de même
que les nombreuses initiatives de la présidence
tournante espagnole dès le mois de janvier 2010,
montrent, s’il en était besoin, que la
pratique institutionnelle sera au moins aussi importante
que le droit positif pour apprécier l’impact
du traité de Lisbonne sur l’Union. Un nouveau
départ, c’est-à-dire une relance
européenne véritable, est possible, mais
ce n’est pas certain.
Chacun doit s’appliquer à tirer parti du
nouveau traité pour relever les défis
que la crise lance à l’Union européenne
et les nouveaux rapports de force dans le monde qui
l’obligent à se projeter davantage au cœur
des relations internationales.
La crise économique et financière
a légitimé l’unité européenne
et spécialement l’euro, sa réalisation
la plus fédérale. Il a protégé
l’économie européenne et les Européens
; il a même contribué à éviter
un crash financier mondial. Critiqué pour ce
qui a fait sa solidité - l’indépendance
de la Banque centrale européenne, son taux de
change, sa « gestion » - il a évité
le pire au marché commun de 500 millions d’Européens,
qui représente le premier PIB mondial, c’est-à-dire
la première zone de création de richesses
du monde.
Pour autant, la crise a mis en évidence les imperfections
d’un système dans lequel les États
membres refusent d’abandonner à l’échelon
européen des compétences nouvelles. Le
crash financier a été évité
par une coopération des États, dans laquelle
l’esprit européen a montré de vrais
progrès, mais où ils sont apparus comme
les garants de dernier recours et les seuls détenteurs
des moyens budgétaires de la relance face à
des institutions européennes bien démunies.
L’esprit intergouvernemental, qui préfère
la coopération à l’unification,
a retrouvé un élan certain, affaiblissant
la Commission européenne et, plus généralement,
la décision commune.
De ce fait, les institutions communes n’ont pas
démontré une action déterminante
face à la crise alors que la construction communautaire
a joué un véritable rôle de bouclier
et redonné du lustre à l’économie
sociale de marché « à l’européenne
» que la mode de l’économie financière
avait tenté de discréditer. Les fameux
« stabilisateurs automatiques », c’est-à-dire
les mécanismes de solidarité entre régions,
catégories sociales, métiers, États,
ont révélé un tissu dont la texture
est une vraie signature européenne, largement
partagée au sein de l’Union.
Il reste que l’Union est confrontée à
un nouvel ordre du monde en pleine transformation. Son
caractère inachevé, notamment sur le plan
politique, constitue un handicap qu’il ne faut
pas sous-estimer. L’échec de la Conférence
de Copenhague a démontré que l’exemplarité
ne suffit pas à convaincre sur la scène
internationale. Malgré l’urgence climatique,
malgré un profond mouvement d’opinion,
les négociations ont abouti à un marchandage
peu glorieux entre États continents, États-Unis,
Chine, Inde. Faute d’unité, l’Union
s’est trouvée marginalisée. Saura-t-elle
en tirer les leçons ?
De plus en plus interpellée par le monde, présente
comme jamais à l’extérieur de ses
frontières avec plus de 70 000 hommes sur des
théâtres extérieurs sous le drapeau
de 12 opérations européennes, l’Union
souffre encore de la réticence de ses membres
à franchir les pas décisifs qui la conduiront
à disposer d’un outil militaire commun
crédible, seule condition d’une politique
étrangère européenne indépendante,
forte et active.
Or il y a urgence. Les évolutions démographiques,
économiques et géopolitiques imposent
des avancées européennes urgentes vers
plus d’unification, sous l’empire de la
nécessité et pour éviter la confrontation
sino-américaine qui se dessine.
La période qui s’ouvre est
donc pour l’Union particulièrement cruciale.
Elle doit s’interroger sur son identité
dans le monde, c’est-à-dire ses limites,
son modèle. Elle peut en tirer les conséquences
qui s’imposent et notamment celles tenant à
sa puissance et à ses moyens. Seule une Europe
puissante et peut-être une Europe puissance, à
l’échelle des États continents peuvent
assurer la survie de son modèle de société.
L’on sait que les États membres ne sont
pas d’accord pour ouvrir ce débat qui est
d’ores et déjà posé. Il en
va de même de l’élargissement de
l’Union, désormais refusé par une
majorité d’Européens, comme le montrent
les études d’opinion réalisées
pour les institutions communes. C’est enfin aussi
l’objectif d’une Europe plus « politique
», c’est-à-dire fidèle à
ses Pères fondateurs, Robert Schuman et Jean
Monnet, qui ne saurait être gouvernée comme
une organisation internationale de plus, une sorte «
d’ONU régionale », mais bien comme
une puissance en constitution, un ensemble politique
en construction, une « fédération
», déjà annoncée le 9 mai
1950. Cela exige des réformes dans le fonctionnement
et les politiques de l’Union, qui ne doivent pas
seulement être appliquées en fonction d’objectifs
internes, mais de plus en plus au regard des exigences
extérieures. Les acteurs du grand jeu européen
doivent élaborer de nouvelles politiques communes
plus fortes, comme au voisinage de nos frontières,
et démontrer une pratique différente de
la vie institutionnelle. La mise en œuvre du nouveau
traité de Lisbonne permettra de juger des transformations
en cours, des nécessités nouvelles et
d’une pratique renouvelée.
Le présent ouvrage a pour objectif
d’offrir chaque année à ses lecteurs
tous les éléments d’une prise de
conscience nécessaire que l’ensemble de
ses auteurs, chacun dans sa spécialité,
a su mettre en évidence. Unique en son genre,
il met à la disposition du plus grand nombre
des statistiques et des cartes inédites ainsi
que les contributions d’éminents spécialistes,
parmi les meilleurs de leur discipline et d’acteurs
de premier plan sur la scène nationale ou européenne.
Tous ont bien voulu accepter de consacrer leurs travaux
à l’unité de l’Europe qui
demeure la chance privilégiée de continuer
à compter dans le nouveau monde.
Jean-Dominique GIULIANI
Carte
L’Europe
au féminin
Supplément
à l’ouvrage
L’Europe
et la croissance « verte », la
clé du redressement ?
Par Tomi Huhtanen
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