| Rapport
Schuman sur l'Europe. L'état
de l'Union 2011
Thierry Chopin et Michel Foucher (Dir.)
221 pages
19,50 €
Sortie : mars 2011
ISBN 978-2-915752-66-3
Extrait de l'ouvrage
L’Union en mutation, préface
Jean-Dominique GIULIANI
Ce curieux objet international qu’est
l’Union européenne, mi-fédération,
mi confédération, présente une
caractéristique que beaucoup oublient : elle
se transforme en permanence. Tel est son destin depuis
l’origine. Il fait sa force et ses faiblesses.
Il y a aussi un rythme, plus ou moins rapide dans ses
avancées. Mais, jusqu’ici, le projet européen
n’a jamais cessé de progresser vers une
« Union sans cesse plus étroite entre les
peuples de l’Europe », comme le rappelle
le préambule du Traité sur l’Union
européenne.
Face aux nouveaux défis extérieurs, l’Union
a renforcé ses institutions et s’est dotée
de nouveaux outils institutionnels. Pour affronter les
difficultés économiques et financières,
elle intègre davantage ses politiques budgétaires,
crée ses propres instances communes de supervision,
se solidarise avec certains de ses membres dans le besoin,
modifie sa politique commerciale et met en œuvre
une rigueur commune.
Il y aura toujours des Cassandre pour trouver ces réformes
insuffisantes, pour mettre en doute leur efficacité
au motif que, jamais dans l’histoire, un tel regroupement
volontaire de nations souveraines n’a pu donner
l’exemple de la réussite. Il y a surtout
beaucoup d’ignorants qui, marchés financiers,
experts, économistes, observateurs un peu rapides,
ne comprennent ni son fonctionnement ni, plus grave,
ses fondements.
Au cours des mois écoulés, à la
faveur de la crise de la dette, tout aura été
dit sur la zone euro qui n’est pas « optimale
», la trop grande diversité de l’Union,
ses niveaux de développement si différents
qu’ils en seraient incompatibles, son élargissement
qui aurait empêché son approfondissement,
son absence de volonté d’exister davantage
sur la scène internationale, sa trop grande ouverture
au monde et aux échanges. Les Européens
eux-mêmes en sont venus à douter de l’efficacité
du projet européen, pris dans le tourbillon des
informations dont ils sont accablés et qui leur
révèlent chaque jour combien le monde
change et avec quelle rapidité, au début
de ce nouveau siècle, se met en place une nouvelle
configuration des rapports de force sur la planète.
Pourtant l’Union est toujours là, solide
et forte. Elle accumule le plus important montant de
richesses du monde, elle domine les échanges
commerciaux, elle attire les investissements, les peuples,
la culture et les Etats qui veulent la rejoindre. Certes,
de nouveaux continents se sont mis en route et accèdent
désormais à la prospérité.
C’est une bonne nouvelle pour le genre humain
dont il a lieu de se féliciter. C’est aussi
la raison d’une exigence : il faut s’y adapter
et au plus vite.
A bien des égards, si la richesse est en Europe,
la croissance est en Asie ; si le dynamisme est ailleurs,
la morosité est en Europe ; si l’envie
de découvrir, d’inventer, de construire,
de se développer est puissante dans les pays
émergents, le confort, la sécurité,
la solidarité sociale sont en Europe.
Aussi l’Union a-t-elle entrepris une nouvelle
phase de ses transformations.
Elles sont plus imposées par les circonstances
qu’envisagées a priori à l’issue
d’une analyse pourtant évidente. La taille
continentale est celle du 21ème siècle
et nos nations isolées n’auraient pas d’avenir.
Elles paraissent lentes et avoir des difficultés
à décider. Elles sont pourtant extraordinairement
rapides à l’aune de notre histoire millénaire
qui a forgé des identités auxquelles nous
sommes si attachés.
Mais les décisions concrètes sont là
et l’année 2011 en verra d’autres
si elles s’avéraient nécessaires.
La zone euro a renforcé sa gouvernance et elle
continuera, au prix même de nouveaux abandons
de souveraineté nationale. Il n’y aura
pas d’Etat européen en faillite parce que
ses partenaires européens ont d’ores et
déjà la volonté et les moyens de
l’empêcher.
La croissance reviendra parce que nous n’avons
plus le choix de temporiser.
Tout cela parce qu’in fine, lorsqu’ils doivent
prendre des décisions difficiles mais inéluctables,
les responsables politiques de l’Europe ont intérêt
à choisir le renforcement de l’intégration
européenne plutôt que son éclatement.
Et il en sera ainsi très longtemps encore.
C’est l’une des raisons pour lesquelles
« le rapport Schuman 2011 sur l’état
de l’Union » est un objet d’optimisme,
en donnant les faits et les chiffres de la réalité,
en les commentant et en les remettant en perspective,
sans en ignorer les difficultés et la complexité,
mais avec une objectivité qui plaide mieux que
toute autre, pour l’accélération
du processus d’intégration européenne.
|