| Aimer l’Europe
Robert Toulemon
Préface de Michel Albert
157 pages
13,50 €
Sortie : mars 2007
ISBN : 978-2915752267
Axes majeurs de l'ouvrage, par
Michel Toulemon
Plutôt que passer en revue l’introduction,
les huit chapitres et la conclusion – le livre
comporte aussi une préface de Michel Albert
(>>>) , une post-face
biographique et une chronologie détaillée
de la construction européenne – je me
limiterai à souligner les trois axes majeurs
de ma démarche :
- aimer
l’Europe pour ce qu’elle
est et qui est largement méconnu,
- aimer
l’Europe pour ce qu’elle
pourrait faire si elle en avait la volonté et
si on lui en donnait les moyens,
- aimer
l’Europe pour la contribution
qu’elle pourrait apporter à un ordre
du monde moins anarchique, moins dangereux et moins
injuste.
Aimer
l’Europe pour ce
qu’elle est
L’Europe,
c’est à la fois un changement radical
des relations entre Etats et un ensemble de réalisations
concrètes concourant à un modèle économique
et social original. La masse des Européens ignore
la révolution qu’a représentée, à partir
de la Déclaration Schuman, l’invention
de la méthode communautaire, la substitution
de rapports de droit aux traditionnels rapports de
force, de la recherche de l’intérêt
général à moyen et long terme à l’affrontement
des intérêts à court terme, la
paix et la démocratie consolidées sur
l’ensemble du continent. Le succès
qu’a représenté le fait que les
pays libérés d’Europe centrale
se soient tous tournés vers l’Europe a été malheureusement
occulté par une absence de réforme préalable
des institutions et de clarification des objectifs.
Il
faut aussi admettre qu’avec le temps, l’esprit
communautaire qui animait les fondateurs s’est
quelque peu affadi. Mon hypothèse est
que les pères fondateurs ont trop exclusivement
fait appel à la raison. Leurs
successeurs n’ont pas hésité à utiliser
l’Europe et « Bruxelles » comme
un bouc émissaire à qui on impute les
décisions impopulaires. Le premier ministre
luxembourgeois Juncker fait observer qu’on ne
peut dire du mal de l’Europe chaque jour de la
semaine et demander aux citoyens de voter pour elle
le dimanche. Or une entreprise historique aussi
ambitieuse, audacieuse, sans précédent
que l’union de vieilles nations longtemps rivales
ne peut réussir pleinement sans une adhésion
affective.
Contrairement à ce que l’on a laissé croire,
l’Europe c’est d’abord une entreprise
relevant de la politique au sens le plus noble, c’est à dire
de l’éthique, l’éthique
la plus noble, celle de la réconciliation, la
construction de ce que le président Barroso
appelle un empire non hégémonique,
construit par la libre adhésion des peuples
et des Etats qu’il rassemble en vue de bâtir
un destin désormais partagé, de défendre
l’intérêt collectif et de promouvoir
un ordre pacifique autour de lui et dans l’ensemble
du monde.
Les acquis politiques et humains sont
considérables : plus d’ennemis à nos
frontières, un fantastique développement
des échanges, le règlement des différends
par le débat et par le droit plutôt que
par les rapports de force.
Les acquis économiques
et sociaux sont
aussi considérables et aussi méconnus,
occultés par les difficultés particulières
qu’ont éprouvé les trois principaux pays
de la zone euro à s’adapter à la
mondialisation. Contrairement à ce que prétendent
les démagogues de droite et de gauche, l’euro
nous a protégés des crises de change,
des dévaluations, de l’inflation et des
plans de rigueur que nous auraient valu des années
de laxisme budgétaire, non seulement au niveau
de l’Etat, mais plus encore à celui des
collectivités locales et de la protection sociale. Le
comble de l’incohérence est atteint lorsqu’on
reproche à la fois à la
BCE de trop s’intéresser à l’inflation
et à l’euro de faire monter les prix Ce
que l’on pourrait reprocher à l’euro,
c’est de nous avoir permis de vivre à crédit.
Dans le domaine social, on
oublie les transferts de ressources opérés au
profit des régions défavorisées,
des agriculteurs, même si la répartition
des aides est critiquable. On oublie aussi ou on caricature
l’action de l’Union en ce qui concerne
l’hygiène et la sécurité du
travail, l’information des salariés, les
comités d’entreprise européen,
la sécurité alimentaire, la protection
de la Nature et de l’environnement, Assurer à la
fois la libre circulation des produits et la protection
des consommateurs supposait une foule de directives
parfois impopulaires au près de certaines catégories,
si bien que les immenses bienfaits qu’elles ont
apportés ont été occultés
par un discours démagogique sur les intrusions
abusives de Bruxelles. Deux exemples :
la sécurité automobile, le règlement
REACH sur l’industrie chimique.
Certes, il y a eu des erreurs
ou des excès,
par exemple les marchés de plein air, des normes
mal adaptées aux très petites entreprises.
Le traité constitutionnel contenait des dispositions
donnant un rôle de prévention des abus
de réglementation aux parlements nationaux (subsidiarité).
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Aimer
l’Europe pour ce qu’elle pourrait faire
Comment
peut-on aimer l’Europe pour
ses lacunes, ses insuffisances, pour ce qu’elle
n’a pas réussi ? Tout simplement
parce qu’il n’y a pas d’alternative. Comment
retrouver croissance et emploi sans l’Europe,
comment défendre nos intérêts économiques
et politiques dans ce monde de géants ?
Comment faire face aux effets pervers de la mondialisation ?
Comment assurer la sécurité de nos
approvisionnements, notamment énergétiques ?
Comment traiter le problème de la pression
migratoire ? Comment nous protéger contre
la menace du terrorisme et la montée du fanatisme
islamiste ? Comment exercer une influence sur
notre puissant allié d’outre-atlantique ?
Autant de sujets sur lesquels
ce qui a été accompli
au niveau européen, sans être négligeable,
est dramatiquement insuffisant. Je
n’ai pas le temps de vous exposer ce que pourrait,
ce que devrait être des politiques européennes
fortes dans ces divers domaines, ce que j’ai
essayé de faire dans mon livre. Je me limiterai à mettre
en lumière deux préalables qui,
s’ils ne sont pas levés, condamnent l’Europe à la
médiocrité, sinon à la paralysie.
Ces deux préalables sont : en finir avec
une contradiction française, titre de mon premier
chapitre, et une politique de l’identité,
objet de mon chapitre III.
Une contradiction ou la contradiction comme
me conseillait d’écrire mon préfacier,
Michel Albert pour souligner son importance. Entre
Monnet et de Gaulle, la France refuse
de choisir. Il en résulte une valse-hésitation
qui se poursuit depuis les années cinquante
et qui consiste à vouloir une Europe qui soit
une puissance et à lui refuser les moyens institutionnels
et budgétaires de la puissance, à vouloir
un moteur franco-allemand au centre de l’Europe
mais à refuser les offres allemandes en faveur
d’un noyau dur fédéral, celles
de Kohl à Maastricht en 1991, de Schaûble
et Lamers en 1994, de Joschka Fischer en 2 000.
Une
politique européenne de l’identité reconnaîtrait
qu’il ne peut y avoir d’Europe politique
tant qu’il n’y a pas d’Européens.
Concilier l’unité et la diversité,
apprendre la pluri-appartenance, former des
citoyens européens à l’école
comme la France de
Jules Ferry a formé des citoyens de la
République, organiser des célébrations,
valoriser des symboles, mettre en valeur les bienfaits
de l’Union, préférer l’intégration à la
simple coopération, créer
des services publics européens, police,
justice, surveillance des frontières, organisation
des réseaux de transports maritimes et aériens,
régulation électrique, pôles d’excellence
universitaires et de recherche, etc…Or, depuis
quelque temps, c’est le chemin inverse
qui est proposé. On semble craindre
que l’affirmation d’une identité européenne
ne porte atteinte aux identités nationales.
Le premier ministre polonais invoque le retour récent à la
souveraineté de son pays pour justifier son
euroscepticisme. Le ministre des Affaires étrangères
des Pays-Bas ne veut plus entendre parler de symboles
européens. L’un et l’autre ne voient
pas que le conflit n’est pas entre l’européen
et le national mais entre l’hyper-individualisme
et l’allégeance à la collectivité. Aujourd’hui,
la meilleure manière d’être patriote
est d’être européen.
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Aimer l’Europe pour sa
contribution à un ordre mondial meilleur
Beaucoup
de Français rêvent d’une
Europe - puissance qui ferait jeu égal
avec les plus grands et s’opposerait à l’hégémonie
américaine. Il s’agit d’un rêve
car il n’est partagé par aucun de nos
partenaires et parce que nous, pas plus que les autres,
ne sommes prêts à consentir les abandons
de souveraineté et les efforts budgétaires
que supposerait une telle ambition.
Au lieu de rêver, voyons ce qui est à notre
portée. Une grande politique étrangère
européenne ne sera pas une politique de puissance
au sens traditionnel. Elle ne sera pas davantage la
somme de politiques nationales divergentes. En revanche l’Europe
peut exploiter l’atout que représente
son œuvre de pacification et de réconciliation. Elle
est admirée et enviée pour cela sur tous
les continents. Elle le serait bien davantage si elle
parvenait à renforcer son unité et à parler
d’une seule voix non seulement en matière
commerciale mais dans tous les domaines des relations
internationales.
Elle pourrait alors se donner comme objectif une
réforme des Nations – Unies qui pourrait
s’inspirer de son expérience : égalité des
Etats et des citoyens, conditionnalité démocratique,
solidarité, coordination sous l’égide
d’un secrétariat général
renforcé des agences spécialisées
en vue d’une solution des problèmes
planétaires, d’une lutte efficace contre
les fléaux qui menacent l’humanité dans
son ensemble.
Conclusion
Cette perspective montre combien
l’Europe pourrait être
utile au monde si elle parvenait à sortir de
sa crise et à retrouver, fût-ce au prix
d’un resserrement au sein d’une avant-garde,
le chemin de son unité. Ma conclusion contient
une analyse des différentes hypothèses
de sortie de crise sans en dissimuler l’extrême
difficulté. Il faudra en effet à la fois
tenir compte des oui majoritaires et des non minoritaires.
En réalité, l’opposition la plus
difficile à surmonter sera celle qui oppose
ceux qui veulent aller plus loin et ceux qui s’y
refusent. Cette opposition là finira par imposer
une différenciation. Espérons que la
France se retrouvera dans le camp du progrès.
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