| Collisions.
Plaidoyer pour une finance durable
Marc Lebreton
184 pages, avec photographies de l’auteur
Prix : 19€
Sortie : mars 2008
ISBN : 978-2-915752-37-3
Extraits de l'ouvrage
Introduction
« Il fallait trouver un fil conducteur,
à une construction qui se veut engagée
et qui mêle délibérément
social, économie et écologie, ou encore
sciences de l'homme, de la maison et de l'environnement,
les trois piliers du développement durable.
L'eau s'est imposée comme fil conducteur, car
elle est à l'origine et au centre de tout ; c'est
aussi, et peut-être de plus en plus, la première
de nos préoccupations que l'on soit chanceux
dans un pays développé où elle
est de plus en plus rationnée ou moins chanceux
dans un pays pudiquement qualifié « en
voie de développement » où elle
reste bien souvent une quête quotidienne. »
« En cette période d'apparent
flottement de nos économies, où les fusions
d'entreprises se multiplient, des liquidités
abondantes contribuent à l'évaporation
des capitaux investis sur des stratégies de spéculation.
Celles-ci atteignent des niveaux jamais vus en termes
de volume, tout comme de cours, sur des marchés
étroits et peu profonds, générant
une volatilité implicite, qui, elle-même,
suscite l'émergence de flux de capitaux toujours
plus nombreux, sur des instruments dérivés
de plus en plus complexes, faisant courir à la
sphère financière un risque à un
horizon pas forcément éloigné.
»
« La pirogue du pêcheur Bozo,
voisin de notre Dogon, flotte sur le cours de l’eau,
dans le flux tranquille de la rivière, là
où le niveau le permet encore, l'évaporation
lui laissant pour quelques temps encore une profondeur
suffisante. A moins qu'à un horizon proche, les
icebergs en fusion plus au nord, de par la volatilité
des températures engendrée par le réchauffement
climatique, ne fassent dériver l'écosystème
de notre pêcheur en perturbant la vie dans ce
fragile environnement liquide. »
Sur les flux (un des onze chapitres)
:
Tout comme dans les rites sacrificiels, le flux bénéficie
à la fois au Dieu Argent, en l'occurrence à
ses prêtres que sont les intermédiaires
financiers sous toutes leurs formes (banques, fonds,
brokers et courtiers, marchés...), mais aussi
à la société ou à l'épargnant
qui va utiliser les fonds. En effet, il convient de
rappeler que la finance est au service de l'économie,
en supportant le développement des entreprises
ou bien en aidant les ménages à épargner.
Malheureusement, et de plus en plus, le
Dieu Argent semble s'approprier l'essentiel du bénéfice
de ces flux et les entreprises et épargnants
ont de moins en moins leur part. Le partage de la valeur
ne s'opère plus correctement.
Le monde réel se déconnecte
ainsi du monde financier : chaque jour, les transactions
financières internationales représentent
80 fois le volume du commerce mondial, contre 3 fois
il y a juste 10 ans. Il y a donc décorrélation
complète entre la réalité économique
et la finance, ce que d'aucun qualifie de « financiarisation
de l'économie ».
L'émergence de produits dérivés,
de produits à effet de leviers, de produits imbriqués
autorise aujourd'hui ce type de construction.
Sur le développement :
Les relations entre pays développés
et pays en voie de développement sont très
difficiles, tant les niveaux de vie moyens sont éloignés.
La mise en œuvre d'accords régionaux comme
par exemple le NAFTA, entre les Etats-Unis et le Mexique,
même s'ils laissent entrevoir un potentiel de
développement à travers des mécanismes
d'ajustement présentent quelques effets pervers.
Dans cet exemple précisément, il est d'ores
et déjà établi qu'une minorité
de Mexicains vont profiter de ces accords, mais en l'occurrence
il s’agit de la minorité riche, les 15%
de mexicains percevant déjà la moitié
du Produit Net. Le développement profite d'abord
à ceux qui sont riches.
Les prix des ressources devenant encadrés
par ces accords, et les Américains se ruant sur
les biocarburants depuis peu, utilisant pour leur fabrication
le grain qui sert traditionnellement à l'alimentation,
notamment dans la fabrication de la tortilla au Mexique.
La conséquence immédiate fut que la tortilla
a vu, en peu de temps, son prix tripler, mettant beaucoup
de Mexicains dans la rue, alors même que la quantité
disponible n'a globalement pas changé.
Le même développement dessert les plus
pauvres.
Sur le Mali :
Notre univers occidental se caractérise
par la perte de valeurs, en particulier religieuses,
l'invention d'autres cadres de substitution, de nouveaux
repères comme l'univers des jeux de rôles
qui reprend les fondements des cosmogonies, l'univers
de Tolkien présentant bien des similitudes avec
l'univers Dogon, voire même encore plus récemment,
des univers virtuels répliquant notre propre
environnement comme celui de « second-life »,
dans lequel tout individu branché et toute entreprise
un tant soit peu innovante, doivent aujourd'hui se positionner.
Les valeurs sont tout sauf auxiliaires,
et pourtant il faut bien constater que chez nous celles
de « l'avoir » ont pris le pas sur celles
de « l'être ».
Le Mali n'a pas toujours été
un pays pauvre, il a même été le
premier pays producteur d'or, et au XIIIème siècle,
la ville de Tombouctou était plus scolarisée
que bien des villes européennes ! L'empire du
Mali, appelé le « Grand Mali », né
au XIème siècle en pays Mandé,
s'étendait alors de l'Atlantique au Sahara.
Sur le développement, suite
:
L'enjeu le plus important à venir
: comment expliquer à des pays en voie de développement
rapide qu'ils ne sont pas obligés de refaire
le même chemin et donc de commettre les mêmes
erreurs que nous.
N'étant pas responsables du réchauffement
actuel, on se doit de leur offrir une marge de manœuvre,
à défaut de leur montrer l'exemple.
Ainsi la Chine, devenue en quelques années
l'usine du monde, fait appel massivement au charbon
pour faire fonctionner ses fourneaux, contribuant ainsi
très largement à la production de CO2.
Or, 40% de la population du monde est alimentée
en eau potable par les glaciers himalayens, d'ores et
déjà touchés par le réchauffement
climatique. Qu'adviendra-t-il de cette population une
fois ces glaces fondues ?
Au-delà de la prise de conscience,
quand on voit l'état de délabrement du
parc automobile en Afrique constitué de véhicules
de plus de 20 ans, 10 fois plus polluants et 2 fois
plus consommateurs que nos véhicules neufs, c'est
bien la question du passage à l'acte qui se pose.
La pollution dans les grandes villes africaines
est aujourd'hui bien plus importante que chez nous,
et à Bamako par exemple, durant l'harmattan,
tout le monde est souffrant, en l'absence de toute autre
pollution industrielle que celle des gaz d'échappement.
A propos d’Enthic :
« A notre échelle, dans le
cadre d'une démarche très pragmatique,
nous pouvons tout de même faire bouger les choses.
En effet, l'objet de cet exercice est avant tout d'introduire
notre démarche « Enthic ». Nous avons
ainsi formulé deux propositions concrètes
sur chacun des thèmes abordés. Ces propositions
sont le cœur de la charte d'un réseau de
fondations ou associations dénommé «
Enthic » comme « Entreprise & Ethique
».
Ce projet, lancé en 2007, devrait
permettre à tous ceux qui le souhaitent, accompagnateurs
financiers et institutionnels, comme particuliers, de
contribuer à aider efficacement les pays en voie
de développement, en favorisant la mise en place
d'un tissu entrepreneurial basé sur des fondements
éthiques.
En guise de conclusion :
Tout est affaire de compromis, de même
qu'entre culture intensive et culture biologique un
espace émerge pour l'agriculture raisonnée,
qu'entre tout pétrole et tout nucléaire
il y a de la place pour les énergies renouvelables,
qu’entre la mondialisation néolibérale
et l'alter mondialisme il y a une voie à explorer
basée sur une approche plus éthique du
business.
Ce petit précis ethnico-écolo-économico
politique se veut un brin iconoclaste, à tout
le moins engagé. Son seul intérêt
est à travers cette confrontation entre ces deux
mondes radicalement opposés, de poser un certain
nombre de questions.
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