Lignes de Repères Lignes de Repères Lignes de Repères Lignes de Repères
  Lignes de Repères
  Accueil   Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Présentation Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Catalogue Lignes de Repères
  Lignes de Repères
A paraître Lignes de Repères
  Lignes de Repères
News Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Mises à jour Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Dossiers thématiques Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Evénements Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Votre avis Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Contacts Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Partenaires Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Crédits Lignes de Repères

 

Lignes de Repères
 

 
 

 
L’islamisme combattant en Asie du Sud-Est
Philippe MIGAUX - Préface de Gérard Chaliand
 
 

Islamisme combattant en Asie du Sud-EstL'islamisme combattant en Asie du Sud-Est
Philippe MIGAUX
Préface de Gérard Chaliand

240 pages (avec cartes et bibliographie)
Prix : 22 €
Format : 16 X 24

Sortie : septembre 2007
ISBN : 978-2-915752-29-8

Préface de l'ouvrage par Gérard Chaliand

Il y a longtemps déjà que ceux qui s’intéressent aux pays d’Asie du Sud-Est, parfois même lorsqu’il s’agit de ceux dit « d’Indochine », doivent lire en anglais ce qui traite de problèmes contemporains. Et dans la presse française, le monde qui va de l’Inde au Japon n’est que fort peu couvert. Aussi faut-il remercier  l’Irasec et Philippe Migaux de nous donner un panorama très complet concernant  ces pays  sous l’angle des activités passées et présentes des réseaux jihadistes.

Ethnologue de formation, ayant publié entre autres une importante contribution sur le terrorisme islamique (1), Philippe Migaux est particulièrement qualifié sur le sujet dans la mesure où il a mené sur place, dans les pays concernés, quatre années d’actives recherches.

Une précision s’impose lorsqu’on évoque géographiquement l’Asie du Sud-Est, de la Birmanie aux Philippines, dont les membres forment depuis moins de deux décennies, une association économique (l’ASEAN)  qui s’est progressivement élargie. On publie depuis quelques années des ouvrages sur  son histoire, ce qui pourrait donner à penser que cette région aurait constitué une entité. Ce n’est nullement le cas. En fait, l’expression elle-même, d’Asie du Sud-Est, date de la seconde guerre mondiale. Ce qui est par dessus tout commun à la région tout entière tient à la mousson et la culture du riz immergé.

Grande au contraire est sa diversité, du point de vue religieux comme ethnique, et les antagonismes politiques entre voisins, jadis et naguère, ont été âpres jusqu’à ce que tous les pays, à l’exception de la Thaïlande, connaissent la domination coloniale.

Les deux grandes civilisations voisines, indienne surtout et chinoise, ont autrefois exercé leur influence ou imposé leur présence en Asie du Sud-Est, ce qui reste, aujourd’hui encore, sensible sur le plan religieux ou culturel de Chiang Mai à Bali. L’Asie dite « hindouisée », où s’est surtout diffusé le bouddhisme, comprend la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge et le Laos. Comme en témoignent Borobudur, Prambaran et Pagan, l’Indonésie, avant l’introduction de l’islam, appartenait déjà à la même aire. Le Viêt Nam est le seul pays de la région qui relève de ce qu’on appelle l’Asie sinisée (qui comprend par ailleurs la Corée et, dans une large mesure, le Japon). Mais l’influence chinoise s’exerce en Asie du Sud-Est à travers sa diaspora, depuis des siècles. Issue de Chine méridionale, celle-ci est particulièrement présente dans la péninsule Malaise, en Indonésie, en Thaïlande et à Singapour.

L’islam fait une première apparition à travers ses réseaux marchands, souvent originaires d’Hadramaout, dès le VIIIe siècle. Mais c’est avec la conversion du souverain de Malacca, et par voie de conséquence, de sa population, que la religion musulmane se propage : à Aceh, dans les sultanats malais, au Cambodge parmi les Chams vaincus par les Vietnamiens, le long des côtes de Bornéo (Brunei), à Java et au sud des Philippines (Mindanao).

A l’arrivée des Portugais à Malacca (1511), l’Asie du Sud-Est a, pour l’essentiel, acquis les caractéristiques religieuses et ethniques qui sont les siennes actuellement, hormis la constitution, ici et là, de minorités chrétiennes.

L’investissement de l’Asie du Sud-Est se fait surtout au XIXe siècle. Les Hollandais dominent l’ensemble de l’Indonésie où Aceh résiste longuement (1873-1907). Les Britanniques adjoignent la Birmanie à l’empire des Indes après de dures campagnes, occupent la Malaisie et font de Singapour le port le plus important de l’océan Indien. La France, progressivement, se rend maître de la péninsule Indochinoise.

A l’heure des indépendances qui s’échelonnent sur vingt ans à partir de 1945 dans la région, les nouveaux Etats se définissent par leurs alliances dans le cadre de la guerre froide qui, en Asie, se traduit par la guerre tout court. Le Viêt Nam connaît un conflit prolongé de 1946 à 1975, tandis que la Thaïlande se range, dès les lendemains de la seconde guerre mondiale, du côté américain.

L’histoire passée et récente de l’Asie du Sud-Est est complexe. L’islamisme radical paraît y être aujourd’hui la principale menace sécuritaire, bien qu’il ne faille plus en exagérer les proportions. Comme le décrit Philippe Migaux, en remettant l’islamisme combattant dans son contexte contemporain, les pays de l’Asie du Sud-Est connaissent bien des menaces variables.

Aux Philippines, le conflit est ouvert avec, au sud, l’appui de forces spéciales américaines qui paraissent avoir rencontré des succès. En Indonésie, le terreau est important avec la présence maintenue de la Jemaah Islamiyah qui est le dernier avatar des combats du Darul Islam, mouvement né dans les combats de l’indépendance. Au sud de la Thaïlande, un conflit centenaire aux revendications locales a repris en janvier 2004 entre la minorité musulmane discriminée et l’Etat  thaïlandais dont l’écrasante majorité est bouddhiste. Jusqu’au coup d’Etat du 19 septembre 2006, Bangkok a préféré, surtout dans une première phase, user de la répression. La mise à l’écart du premier ministre Thaksin par l’armée pouvait apporter des perspectives plus claires. Le nouveau régime, malgré une politique d’ouverture,  n’a pas su aborder le problème dans son ensemble et la situation glisse vers une détérioration accélérée qui risque de déborder le cadre étroitement national. De toutes façons, cette insurrection désormais incontrôlable risque de coûter cher à l’économie thaïlandaise.

Au Cambodge, on constate un processus de noyautage de la minorité musulmane cham. Les autres pays sont attentifs à la mouvance jihadiste, que ce soit la Malaisie, qui surveille plus particulièrement sa frontière nord  jouxtant les zones musulmanes en dissidence de la Thaïlande ou Singapour où l’on s’inquiète de l’occurrence d’un acte de piraterie maritime. On n’est pas insensible non plus, dans ces sociétés pluriethniques et pluriconfessionnelles aux problèmes sociaux que des attentats pourraient susciter. La Birmanie paraît tenir, compte tenu de son caractère dictatorial, la société bien en main. La minorité musulmane rohingya est, pour une partie réfugiée au Bangladesh voisin, qui n’entre pas dans l’aire définie comme celle de l’Asie du Sud-Est mais y joue d’influence. La réalité de la menace jihadiste en Australie est ici également évoquée dans la perspective géographique dite Asie/Pacifique.

Malgré l’importance psychologique du phénomène terroriste, ce dernier reste incapable de remettre en cause le statu quo mondial. Si la guérilla est l’arme du faible, le terrorisme, quand il est seul utilisé, est l’arme du plus faible encore.  Dans sa version jihadiste, il constitue une nuisance considérable, de longue durée et fort coûteuse. Mais une de ses principales caractéristiques est qu’au contraire des autres mouvances, il n’a rien à négocier. A l’échelle internationale, ses résultats sont somme toute modestes, sauf sur le plan psychologique,  si l’on mesure ce qui a été réussi au cours des quinze dernières années.

L’Asie du Sud-Est n’est pas l’aire où l’insurrection au nom de l’Islam représente la menace la plus pressante. De toute évidence, le Pakistan reste l’épicentre de la crise et le Moyen-Orient comme dans une moindre mesure le Maghreb demeurent plus préoccupants. Cependant la capacité de nuisance des jihadistes n’est pas épuisée. Si l’histoire ne dit jamais son dernier mot, il était nécessaire de comprendre la situation dans sa globalité régionale, mais aussi en perspective avec le reste du monde pour pouvoir en envisager l’avenir.

Philippe Migaux a fait avec L’islamisme combattant en Asie du Sud-Est un  livre clair et pourtant savant, dans un domaine – la violence armée au nom de l’islam – sur lequel il s’est écrit beaucoup de banalités sinon d’inexactitudes et sur une aire où nous ne disposions que de très peu d’analyses solides.

J’ai rencontré Philippe Migaux il y a plus d’une douzaine d’années au Collège Interarmées de Défense. Ses interventions concernant le monde musulman, qui lui est familier et qu’il aime, sa connaissance concrète des phénomènes de violence politique et par ailleurs son goût du voyage ont transformé l’estime dans laquelle je tiens sa réflexion en amitié. C’est ici une occasion de dire tout le bien que je pense de ses contributions à l’étude des conflits irréguliers et dont le terrorisme est, aujourd’hui, la technique la plus répandue.

Gérard Chaliand

Traitée selon trois thèmes : les racines de l’islamisme radical, la mouvance Al Qaïda et l’avenir de la mouvance islamiste, in CHALIAND Gérard  et BLIN Arnaud, Histoire du Terrorisme de l’Antiquité à al Qaïda, nouvelle édition mise à jour, Bayard, 2006.
 
Dossier thématique : >>>
 
Retour catalogue : >>>