Les islamismes d'hier à aujourd'hui
Antoine SFEIR
100 pages
Prix : 10 €
Sortie : octombre 2007
ISBN : 978-2-915752-18-2
Extrait
de l'ouvrage
En guise d’extrait : intégralité de l’introduction
Qu’est-ce qui fait que, partout dans le monde arabe, les islamistes connaissent des succès incontestés lors d’élections plus ou moins libres ? En Palestine, le Hamas a remporté la majorité absolue aux législatives de 2006; en Egypte, les frères musulmans ont effectué une percée sans précédent à l’Assemblée du peuple ? Même en Arabie séoudite ils ont remporté en mai 2005 les élections municipales, les premières que connaissait le royaume dans son histoire. À Bahreïn, au Qatar et au Koweït, il en a été de même. Est-ce à dire que les populations de tous ces pays adhèrent sans réserve aux thèses de ceux qui veulent établir la chari’a (loi coranique) et islamiser les champs social, économique et politique ? Car c’est bien là le sens réel aujourd’hui de l’islamisme.
L’usage des termes tels que fondamentalisme, intégrisme, islamisme suscite des controverses. Dans le cas des mouvements fondamentalistes dans la sphère musulmane, la confusion atteint son apogée. Le mot islamisme, par exemple, qui signifie pour le Dictionnaire Robert « religion musulmane » (page 1035, édition 1985), au même titre que judaïsme ou christianisme, devient, dans le vocabulaire politique, le synonyme de fondamentalisme, d’intégrisme, voire … de terrorisme.
Globalement, l’islamisme — ou fondamentalisme musulman — est une idéologie politico – religieuse qui vise à instaurer un Etat islamique régi par la chari’a et réunifier l’oumma (la communauté islamique sans frontière). Cependant, cette définition relativement simple recouvre une situation complexe, des réalités qui varient selon les pays ou les courants idéologiques (Frères musulmans sunnites, Tabligh, etc.). De surcroît, les courants islamistes oscillent entre une fidélité littérale à la tradition et l’aspiration au renouveau par le biais des réformes ou des situations révolutionnaires.
Une autre question s’impose : pourquoi l’islamisme semble-t-il être apparu seulement au XXè siècle ? N’existait-il pas auparavant ?
L’islamisme dans son sens actuel est né avec l’islam ; il est devenu naturellement le fils spirituel de l’école hanbalite au IXè siècle, dont la doctrine pouvait se résumer à cette formule : « Après le prophète rien de nouveau ». Cette école a été relayée au fil des siècles par des théologiens prestigieux comme le Syrien Ibn Tamiyya, au XIVè siècle ou le Séoudien Mohammed Abdel Wahhab au XVIIIè siècle qui devait initier le wahhabisme. Il est vrai que le XXè siècle va apporter une première rupture : les Français et les Britanniques ont voulu, lors du démantèlement de l’empire ottoman, construire des Etats-nations dans cette région du monde, y installer des frontières alors qu’elle n’en avait jamais connues depuis le temps des pharaons, faisant toujours partie de vastes empires. Des groupes musulmans vont s’élever contre ce morcellement de la oumma et rejeter ces frontières. Dans le même temps, ils vont se dresser contre les puissances protectrice ou mandataire. Pour toute réponse, les puissances occidentales ont activé les divisions naissantes et opposé à ce nationalisme dangereux pour leur assise des mouvances islamistes instrumentalisées comme nous le rappellerons plus loin.
Mais pour bien comprendre toute cette évolution, il faut d’abord revenir aux mots. Quel est le lien entre islam et islamisme ? Nous verrons qu’il s’agit là d’un tour de force des fondamentalistes puisqu’ils ont réussi à créer le trouble dans les esprits de tous en faisant confondre les deux termes (chapitre 1). Nous observerons ensuite dans le détail la diversité du monde islamiste, diversité qui nous amène à préférer parler d’islamismes, au pluriel (chapitre 2). Puis nous attarderons sur un cas très présent dans l’actualité française : le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), venu d’Algérie (chapitre 3). Enfin, nous nous pencherons sur le rôle de l’Occident (chapitre 4) que nous venons d’évoquer avant d’essayer de proposer une étude sociologique de l’individu islamiste (chapitre 5). |