| Les
grands patrons en France.
Du capitalisme d’État à la financiarisation
François-Xavier DUDOUET, Éric
GRÉMONT
Tableaux statistiques inédits et
fiches biographiques de dirigeants.
176 pages
18 € TTC
Sortie : avril 2010
ISBN : 978-2-915752-51-9
Extraits de l'ouvrage
« L’analyse des grands patrons
français que nous présentons ici se veut
tout autant historique, économique que sociologique.
Ce n’est qu’à ce prix, nous a-t-il
semblé, que nous pouvions proposer une compréhension
de cette population qui s’inscrive résolument
dans les grands problèmes contemporains, à
commencer par les transformations politiques et économiques
que connaît notre pays.
Cet ouvrage n’est ni une hagiographie de quelques
grandes figures, ni la reprise du discours convenu sur
la gouvernance d’entreprise et encore moins la
dénonciation pamphlétaire d’une
population régulièrement attaquée.
Son ambition vise d’abord à réconcilier
différentes approches disciplinaires afin de
produire un discours critique sur les formes contemporaines
du pouvoir économiques et les transformations
du capitalisme en France. C’est pourquoi, plutôt
que de nous concentrer sur tels ou tels aspects (économiques,
sociologiques, historiques), nous avons essayé
de les combiner pour montrer en quoi ils s’articulent
les uns aux autres et participent de la construction
de notre époque. En ce sens, les grands patrons
sont tout autant des acteurs majeurs de l’histoire
économique du pays que le symptôme d’un
processus qui les dépasse et qui prend ses racines
dans le temps long de l’histoire occidentale.
Pour ce motif, sans doute sont-ils les derniers représentants
emblématiques d’une histoire économique
qui désormais ne s’écrit plus seulement
en Occident. »
« Au début des années
1980, les « patrons d’Etat » (issus
de l’administration ou nommés par le gouvernement)
dominaient très largement le monde des grandes
entreprises. Ils représentaient ainsi 70% des
dirigeants des 24 premières entreprises du secteur
industriel (Bauer et Bertin-Mourot 1986). Dans les secteurs
presque entièrement nationalisés de la
banque et de l’assurance, cette domination était
encore plus nette. Cette situation n’avait rien
de surprenant dans une économie fortement étatisée
et on aurait pu s’attendre à ce que la
libéralisation de l’économie et
les privatisations diminuent considérablement
leur hégémonie au profit d’autres
types de patrons, issus du capitalisme familial ou de
la promotion interne aux entreprises. L’analyse
des trajectoires des 40 premières capitalisations
boursières, sur la période, montre qu’il
n’en est rien. Les patrons issus de l’Etat
continuent non seulement de dominer les grands groupes
français, mais sont même devenus la population
dominante des plus grandes entreprises privées
(Figures 2 et 3). »
Chapitre 2
Figure 3 : Types de N°1 des
40 premières capitalisations boursières
(Dudouet et Grémont 2009)

Tableau extrait du chapitre 2
L’essor des grandes écoles de commerce
Longtemps les grandes écoles de commerce ont
été faiblement représentées
dans le capital scolaire des grands patrons. Ainsi Bourdieu
et Saint Martin (1978) rangeaient les diplômés
d’HEC dans une large catégorie «
HEC et autres écoles de commerce » qui
représentait environ 7% des 200 patrons étudiés.
En 1993, Bauer et Bertin-Mourot identifiaient quant
à eux 7% d’HEC parmi leur population de
200 grands patrons. Ce qui tendrait à faire penser
que les diplômés d’HEC étaient
déjà en augmentation sensible parmi les
dirigeants de grands groupes. Il semblerait que les
années 2000 confirment la montée en puissance
des grandes écoles de commerce et tout particulièrement
d’HEC (Figure 13).
Chapitre 4
« Dans ce contexte, les élites
monopolistiques, c’est-à-dire celles qui,
autrefois, assuraient la gestion des monopoles d’Etat
(Elias 1990, Dudouet et Grémont 2007) et en tiraient
les principaux bénéfices, se sont déplacées
ou plus exactement ont conduit le déplacement
vers l’entreprise privée. Longtemps destinées
au service de l’Etat ou à la direction
des entreprises du secteur public, les élites
administratives se sont massivement converties dans
le privé et ont concouru à l’affaiblissement
de l’Etat nation. La continuité sociologique
(capital économique et grandes écoles)
des grands patrons français, entre les années
1970 et 2000, ne doit pas laisser penser à une
continuité institutionnelle, mais bien plutôt
à une stratégie de survie des élites
françaises qui, se détournant d’une
institution en déroute, investissent les nouveaux
supports de la dynamique monopolistique que sont les
« entreprises mondes ». La tendance historique
rejoint ici les comportements individuels. L'enjeu pour
les élites autrefois attachées aux Etats
est donc devenu de s'en détacher suffisamment
pour jouer leur carte dans un processus plus large et
plus ancien, qui est consubstantielle au capitalisme
pris en tant que processus d'accumulation de concentration
et de spécialisation. Dans cette stratégie
d’internationalisation, les grands patrons français
se montrent clairement à leur avantage. »
Chapitre 5
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