Les nouveaux risques infectieux. Grippe aviaire, SRAS,
et après ?
Didier RAOULT
272 pages
Prix : 19 €
Sortie : novembre 2005
Extraits de l’ouvrage :
Introduction
« Ces dernières années ont ressuscité la peur des maladies infectieuses. Celle ci a été parfois excessive et disproportionnée, mais, dans tous les cas, elle a fait prendre conscience au public que ce risque était toujours présent. Les crises se sont ainsi accumulées, depuis les légionelloses (dues à une bactérie de l’eau) jusqu’aux infections intentionnelles, comme lors de l’attaque bio-terroriste au charbon aux États-Unis à l’automne 2001, en passant par la maladie de la vache folle liée au prion (une protéine infectieuse), les épidémies d’infections respiratoires et le virus de la grippe aviaire. Ainsi l’humanité a-t-elle pris conscience qu’elle était vulnérable face aux maladies infectieuses, et ce début de sagesse devrait pouvoir s’accompagner de mesures actives pour surveiller et détecter l’apparition de nouvelles maladies, évaluer l’évolution des épidémies et mettre en place les moyens de prévention et de traitement permettant d’éradiquer les épidémies identifiées. Les maladies infectieuses sont l’expression d’un conflit entre les êtres vivants. Les hommes et les micro-organismes (bactéries, virus, champignons, parasites) s’affrontent parfois. Le résultat est souvent la conséquence des réactions de défense de l’homme contre la multiplication d’un micro-organisme. La maladie infectieuse est donc le fruit d’une rencontre inopportune entre un micro-organisme désirant se multiplier et un hôte qui réagit trop violemment ou qui n’arrive pas à résister à la prolifération des microbes. Comme la vie microscopique est innombrable, les maladies infectieuses sont naturelles et inévitables. L’homme ne peut rêver d’un monde sans maladies infectieuses, pas plus qu’il ne peut rêver d’un monde sans micro-organismes. »
« Quoi qu’il en soit, cette définition des pathogènes émergents et des infections émergentes a permis de prendre acte du fait que nous ne nous situions plus dans la perspective d’une diminution graduelle et définitive des maladies infectieuses, et de mobiliser la société en conséquence. Ceci a mis en lumière que la lutte contre les maladies infectieuses devait être permanente, qu’il n’était pas possible, compte tenu des connaissances actuelles, d’obtenir une victoire définitive, et qu’il faudrait se contenter d’une série de victoires partielles. »
Chapitre 1
« Les changements climatiques influencent à leur tour l’écosystème, et par conséquent les maladies infectieuses. Ainsi le réchauffement climatique observé en Europe du Nord, modéré pour l’instant, a-t-il fait reculer vers le nord la limite de la présence des tiques vecteurs de maladies. Les tiques qui donnent la maladie de Lyme sont désormais présentes dans les forêts suédoises, de plus en plus proches du pôle, car les conditions climatiques leur permettent aujourd’hui d’y vivre, ce qui n’était pas le cas il y a une quinzaine d’années. L’événement climatique connu sous le nom d’El Niño, en associant des changements micro-climatiques et des inondations, a eu une influence particulière en Amérique du Sud. Des maladies qui avaient toujours eu une répartition très limitée ont ainsi pu s’y étendre et l’on a vu y apparaître de nouveaux foyers. On pense que l’importance de l’épidémie de choléra en Amérique du Sud est liée à ce phénomène. »
Chapitre 4
« Concernant les maladies infectieuses, les choses évoluent tout aussi rapidement. Une maladie qui est apparue en Afrique Noire – le SIDA – a végété pendant une trentaine d’année dans les zones rurales avant de se répandre dans l’ensemble du continent, vraisemblablement sous l’effet de la guerre en Angola et des aller-retour Nord-Sud des transporteurs routiers, puis à s’exporter vers l’Amérique, l’Europe et l’Extrême-Orient. La rapidité d’extension de la maladie a été impressionnante. Elle l’a été moins, toutefois, que la rapidité de développement du SRAS, dont on a pu suivre très précisément les mouvements à partir d’un hôtel de Hong Kong, d’où presque toutes les régions de la planète, en un mois seulement, ont pu accueillir un malade infecté susceptible de déclencher une nouvelle épidémie. Toutefois, l’alerte donnée fut suffisamment importante pour qu’un seul foyer secondaire apparaisse, à Toronto. »
« En conclusion, les maladies infectieuses sont le résultat de nos interactions avec le monde. La mondialisation concerne certes des éléments infectieux qui, dans l’histoire passée, ont souvent été au premier plan. Il n’y a pas de grande aventure humaine ni de grands déplacements qui ne puissent être associés à des épidémies et des transmissions de maladies infectieuses d’une population à une autre. Il est donc essentiel d’apprendre à gérer les maladies infectieuses dans le contexte de la mondialisation. »

Chapitre 6
« Les anti-infectieux, et en particulier les antibiotiques, constituent des thérapeutiques d’une tout autre nature que les autres médicaments. A la différence des autres molécules, ils font l’objet de réactions de défense des micro-organismes sur lesquels ces molécules sont actives et entrent dans un écosystème dont ils altèrent les caractéristiques, ce qui se traduit par une évolution permanente. Le problème des antibiotiques ne concerne donc pas seulement le coût immédiat pour la société, ni le seul individu ou le seul prescripteur, mais également l’ensemble de la population et éventuellement sa descendance. Par ailleurs, les antibiotiques qui ont le plus large spectre ont des cibles qui correspondent à des gènes extrêmement conservés, en nombre limité. »
« Enfin, le problème des antibiotiques est économique. Le coût d'une mise en place de la découverte d'une molécule et de son utilisation est considérable. Des tests de plus en plus complexes sont nécessaires, alors qu'il existe des molécules actives pour des prescriptions fréquentes. Il n'est pas rentable pour notre arsenal thérapeutique, sauf dans le cas épouvantable où des épidémies dues à des micro-organismes totalement résistants se déclareraient dans les pays développés, de développer des molécules. »
Chapitre 10
« Compte tenu de sa situation très particulière, l’économie de marché joue peu en faveur des vaccins et le dynamisme de l’industrie dans ce domaine est faible, car les règles habituelles ne s’y appliquent pas. Le marché des vaccins est modeste. On estime à 6,5 milliards d’euros le potentiel de vente des vaccins dans le monde. Cela représente 2 % du marché pharmaceutique global, ce qui correspond à l’équivalent des ventes d’une seule médication anti-ulcéreuse telle que le Mopral. Par ailleurs, les prescriptions de vaccins sont extrêmement dépendantes des décisions politiques. Le marché n’est pas naturel ; c’est un marché de commandes organisé soit par les instances internationales pour les pays pauvres, soit par chaque gouvernement pour les pays les plus riches. »
« La vaccination contre l’hépatite B constitue un modèle de réflexion sur les vaccinations en général. Elle montre jusqu’à quel point le pouvoir politique et le public peuvent être déconnectés de l’expertise scientifique au plus haut niveau. »
Chapitre 11
« La maladie de la vache folle a entraîné en France une extension de la théorie du risque zéro ou du principe de précaution, qui est radicalement antagoniste avec toute notion d’évolution et, de ce fait, totalement irréaliste. »
Chapitre 15
« La grippe est certainement l’un des fléaux les plus considérables auxquels l’homme soit exposé. C’est aussi la maladie qui effraie le plus les chercheurs dans le domaine des maladies émergentes. En effet, en dépit du peu d’attention qu’elle reçoit dans les médias, la grippe tue chaque année plusieurs milliers de personnes en France. L’épidémie la plus meurtrière du XXe siècle est la grippe espagnole de 1918, qui a tué plus de 40 millions de personnes dans le monde au décours de la guerre, soit plus que la guerre elle-même. Cette épidémie de grippe était particulière, dans le sens où elle frappait plus particulièrement les sujets jeunes. Il est difficile de lutter contre le virus de la grippe car il présente facilement des mutations. »
Chapitre 22
« Les bactéries multirésistantes se sont peu à peu développées et représentent, du fait de leur avantage stratégique, un risque grandissant dans le monde dans lequel nous vivons. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer ce qu’a été l’époque qui a précédé l’usage des antibiotiques. Pour la première fois de ma vie, en 2003, j’ai eu l’occasion de voir un malade mourir d’une infection généralisée à Enterobacter, résistante à tout antibiotique. Cette bactérie était déjà très résistante au départ et est devenue, au cours du traitement, résistante aux derniers antibiotiques utilisables. Les problèmes actuels sont multiples et de nouvelles épidémies de germes résistants sont susceptibles d’apparaître dans les années à venir. »
Conclusion
« Les maladies infectieuses représentent toujours un grand problème pour l’humanité et nécessitent une grande vigilance et une approche pratique. Il y a une discordance entre ce qui préoccupe la population et ce qu’elle risque réellement. Cela résulte vraisemblablement d’une mauvaise connaissance des risques réels dans ce pays. Les maladies infectieuses nous concernent tous et partout. Les hommes font partie de la même espèce et sont menacés par les mêmes germes. Ce qui tue aujourd’hui un homme en Afrique centrale tuera peut être demain un homme en France. Il n’est pas raisonnable de se désintéresser de la situation extrêmement dangereuse sur le plan des maladies infectieuses qui se développe dans les pays tropicaux. »
|