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écolos... Et alors.
Les enjeux de la nouvelle scène écologiste
Géraud GUIBERT
144 pages
16 € TTC
ISBN : 978-2-915752-62-5
En librairie en septembre 2010
Extraits de l'ouvrage
« Le défi écologique,
tout le monde en parle. Autrefois Chirac et
Jospin, aujourd’hui Sarkozy, les principaux partis
politiques, la quasi-totalité des élus,
les responsables syndicaux, les chefs d’entreprise
et tant d’autres élites s’affirment
écologistes. Après une longue période
de scepticisme, tous reconnaissent la gravité
de l’enjeu. Le développement durable envahit
ma vie comme la vôtre, le vert est partout à
la mode. Allègre ou quelques climato-sceptiques
font certes parler d’eux, mais, malgré
les apparences, rares sont ceux qui osent affirmer ouvertement
leur opinion profonde hostile à l’écologie.
Auparavant considérée comme un handicap
pour l'économie, elle est devenue définitivement
un atout. A condition de refuser une vision intégriste
opposée à la croissance, l’avenir
serait radieux, fait de modification des comportements,
d’innovation technologique et de nouvelles priorités
d’investissements plus verts. Il est même
peu utile d’en débattre, tout le monde
ne peut qu’être d’accord. Si c’est
aussi facile, on se demande pourquoi ce n’est
pas fait depuis longtemps !
La réalité est moins réjouissante.
Les crises financière et écologique, alimentées
par la même spéculation sur les hydrocarbures,
les produits de base ou l’immobilier témoignent
d’une même réalité, l’hypertrophie
et l’absence de contrôle de la sphère
financière, la dictature du court-terme, la sous-estimation
des risques extrêmes, les effets dévastateurs
des inégalités. Mais les solutions mises
en œuvre par les pays occidentaux sont restées
traditionnelles. Dans les plans de relance, tout a été
bon à prendre, le béton, les routes, les
voitures, l'allégement de la réglementation,
selon des modalités souvent contradictoires avec
l’écologie (1). Rien n’est
venu freiner un gaspillage généralisé,
par exemple des produits alimentaires, dont 40% est
finalement jeté sans que personne ne songe à
s’y intéresser !
Quand les difficultés économiques s’aggravent,
l'écologie redevient ce qu’elle a toujours
été : une question de long terme, qui
passe en second lorsqu’il y a contradiction avec
une autre priorité ; un domaine à part,
dont les caractéristiques seraient inadaptées
aux contraintes immédiates d’une gestion
de crise ; un sujet d’expérimentation,
utile pour trouver de nouvelles solutions, mais trop
coûteux pour être généralisé
; un sujet de négociations internationales vastes
et compliquées, mais avec des changements concrets
très limités. »
(Page 10 et suivantes.)
* * *
« Publicité
vue dans la presse : « Porsche Cayenne
Diesel – la planète lui dit merci »,
un 4X4 qui ne consomme « que » 244 grammes
de gaz carbonique. Rappelons qu’une berline classique
ne consomme que de 130 à 170g, et que le règlement
européen fixe à 120 grammes le taux maximum
pour les voitures neuves en 2012, norme que les constructeurs
ont pendant longtemps combattu !
Et ce n’est pas le seul cas : lessives «
écologiques » avec des composées
d'origine pétrochimique ou des solvants, pressings
« verts » parce qu’ils recyclent les
cintres, mais qui utilisent des produits chimiques toxiques,
cartouches d'encre « conformes au développement
durable » alors qu'il s'agit simplement de pouvoir
les recycler, la liste est longue des produits repeints
en verts, mais qui restent polluants. Tout faire pour
montrer qu'on est dorénavant devenu écologiste,
tel est le nouvel impératif. Plus on pollue,
plus les phrases vertes sont fortes et définitives.
»
(Page 19)
* * *
« Hulot,
comme Gore ou Arthus-Bertrand, fait parti des nouveaux
gourous de l'écologie, au point de faire
l’objet tout récemment d’une biographie
fouillée (2). Tout distingue
l’élégance légèrement
affectée de l'ancien vice-président américain,
le look baroudeur de l'animateur de télévision
et les moustaches vibrionnantes du photographe. Mais
la technique de départ est la même, sonner
l’alerte avec l'utilisation de l'image pour frapper
l'opinion. Les problèmes peuvent enfin être
visualisés, ils ne sont plus théoriques
ou abstraits, et les dégâts concrets accélèrent
les prises de conscience. Dans nos sociétés
médiatiques, c’est utile, cela marche.
Nicolas Hulot, c'est ainsi d’abord une image,
celle du Tintin de l'écologie, construite sur
la base des émissions Ushuaia sur TF1. Il partage
avec le héros de bandes dessinées cet
air si réjouissant d’éternelle jeunesse.
A près de 55 ans, le plus souvent bronzé,
présent depuis de longues années dans
la sphère médiatique, le poids des ans
a l’air de ne pas avoir de prise sur lui, et,
inévitablement, on relie ce phénomène
à son ressourcement dans la nature.
Son look fait de simplicité légèrement
surfaite nous rappelle nos vingt ans, avec un chandail
ras du cou et moulant mettant implicitement en valeur
le torse d’un jeune homme préservé.
Pas de petit ventre, les rides qu'il faut pour incarner
le vécu, Nicolas représente la santé
et l’énergie persistante dans une société
vieillissante dont les difficultés masquent mal
le désir d'aventure. Même son nom nous
rappelle irrésistiblement notre jeunesse marquée
par la fraîcheur des images du maître Jacques
Tati. »
(Page 26)
* * *
« Nul ne
doit ainsi s’étonner dans ce contexte que le bilan de l’action écologique
dans la dernière décennie soit plutôt
médiocre. La pollution de l'air en milieu
urbain a certes diminué de près de 20
%, mais la quasi-totalité des autres données
sont décevantes. La quantité de déchets
produites continue à croître inexorablement,
les surfaces artificialisées augmentent au détriment
des terres agricoles, la population des oiseaux s'affaiblit
de manière continue, la part des énergies
renouvelables dans la consommation intérieure
d'électricité est passée de 15
% en 1990 à 13 % aujourd'hui.
L’évolution de la consommation de matières
premières, hors les achats à l'étranger,
est la plus significative. Elle diminue en proportion
du produit intérieur brut, ce qui montre une
amélioration de l'efficacité de notre
appareil productif, mais elle continue à augmenter
globalement depuis 1990 compte tenu de l'accroissement
de la richesse nationale. Quant aux émissions
de gaz à effet de serre, elles diminuent légèrement
depuis 1990, ce qui nous met en conformité avec
les objectifs du protocole de Kyoto, mais à des
années lumières de la division par quatre
qui est nécessaire pour stabiliser le réchauffement
climatique à deux degrés à l’horizon
2050, et dont nous avons pourtant fait voter le principe
dans une loi de 2005.
Plutôt que les décisions politiques, ce
sont les acteurs de la société civile
qui sont en train de faire bouger les choses. Grâce
à eux, beaucoup ont encore l’impression
que l’on avance sur le bon chemin. Lorsque la
désillusion deviendra patente, elle sera cruelle.
»
(Page 40)
* * *
« La logique
de sous-traitance de l’écologie à
d’autres n’est pas née d’hier
chez les socialistes. Pendant les quinze années
de pouvoir après 1981, il y a eu une seule ministre
socialiste de l’environnement, pendant quelques
mois (3). L’environnement est
loin d’avoir toujours été traité
au sein de la direction socialiste par des personnalités
ayant une légitimité reconnue dans ce
domaine. La plupart des « éléphants
» ont notoirement marqué une attention
plutôt épisodique pour cette question.
Certains d’entre eux manifestent un intérêt
plus soutenu, mais sans en tirer toutes les conséquences.
Ségolène Royal promeut utilement la croissance
verte de sa région, mais refuse de façon
quelque peu démagogique le principe même
d’une taxe carbone pourtant indispensable. Laurent
Fabius s’intéresse à l’écologie
depuis très longtemps, mais sa pratique ministérielle
sur ces sujets s’est révélée
moins convaincante. Quant à Bertrand Delanoë,
il développe à Paris une politique environnementale
très dynamique, mais le texte de sa motion au
congrès socialiste de Reims s’est révélé
nettement en retrait en la matière. De façon
plus générale, les prises de position
sur ces sujets sont trop souvent à géométrie
variable lorsqu’il s’agit de trancher des
questions difficiles comme la politique énergétique,
la fiscalité écologique ou l’application
du principe de précaution, ce qui nuit à
leur crédibilité dans le débat
politique national.
La configuration de la gauche plurielle dans la dernière
période au pouvoir est le symbole le plus éclatant
de la sous-traitance. Entre 1997 et 2002, les Verts
sont, pour la première fois, parti prenante en
tant que tels d’un gouvernement de gauche. Le
schéma mis en œuvre par Jospin repose sur
une logique simple: aux Verts l'environnement, avec
Voynet comme ministre, à Chevènement la
sécurité et la République, aux
communistes quelques questions sociales. Dans l'esprit
de ses théoriciens, une telle organisation suppose
que la force dominante, les socialistes, respecte le
pré carré de chacun de ses partenaires,
mais aussi l’encadre dans des limites précises.
»
Page 63
* * *
« L’adaptation
thermique des logements ne se fera pas spontanément,
sur la base de la seule évolution du prix des
énergies fossiles. Aujourd’hui,
environ 300 000 rénovations sont entreprises.
Pour, d’ici 2030, mettre aux meilleures normes
d’isolation thermique les vingt millions de logements
construits avant 1975 et diviser par deux leur consommation
d’énergie et leurs émissions de
gaz à effet de serre, il faudrait tripler ce
rythme, y consacrer quatorze milliards d’euro
par an, et faire en sorte que tous les propriétaires
s’y mettent et trouvent des artisans formés
pour ces travaux. On en est loin !
Dans le domaine des transports, tout le monde parle
des véhicules électriques, alors que les
marges de manœuvre les plus évidentes reposent
sur la réglementation et la formation. Une vitesse
de pointe ou une accélération inutilement
élevée coûtent cher en consommation
de carburant et en pollution, particulièrement
en ville. Le bridage des véhicules au-dessus
de 130 km/h, le renforcement des normes des moteurs,
les aides à la conduite et de nouvelles mesures
sur les limitations de vitesse représentent une
diminution possible de près de la moitié
de la consommation de chaque véhicule.
Sur la question lancinante du fret routier, l’échec
des politiques menées jusqu’à présent
est sans appel. La part des camions dans le transport
de marchandises, aujourd’hui 90%, ne diminue pas,
avec des conséquences lourdes, la pollution de
l’air, l’effet de serre, la dégradation
des routes, les nuisances acoustiques. Contrairement
à ce que certains prétendent, ce n’est
pas pour l’essentiel de la faute de la SNCF: même
les firmes privées, qui ont désormais
le droit d’intervenir sur ce marché, s’y
sont cassé les dents. Les camions bénéficient
en vérité par rapport aux chemins de fer
d’un avantage structurel, la mise à disposition
gratuite des routes. Pour changer les choses, il faudrait
s’inspirer de la Suisse : soumettre tous les camions
à un péage selon la distance parcourue,
alors que la mise en place d’une taxe poids lourds
est dans notre pays repoussée d’année
en année ; programmer l’interdiction, en
concertation avec l’Union européenne, du
transit des poids lourds à travers le territoire
national. Encore faut-il là aussi accepter que
l’Etat joue un rôle fiscal et règlementaire
actif.
Pour diminuer par quatre les émissions de gaz
à effet de serre d’ici 2050, ces mesures
constitueraient un bon début, mais il faudra
aller plus loin. Une des composantes majeures du débat
énergétique devrait porter sur les rapports
de nos sociétés à l’espace
et au temps. La volonté est d’aller toujours
plus vite, de raccourcir les distances, de diminuer
les durées. »
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1 - Dans le plan de relance français,
par exemple, 600 millions d’euros sont consacrés
à l’environnement, soit 2% du total. Et
quand EDF prévoit d’investir 2,5 milliards
d’euros supplémentaires, seuls 10% sont
consacrés aux énergies renouvelables.
2 - Bérangère BONTE, «
Sain Nicolas », ed du Moment, 2010.
3 - Ségolène Royal, de
1992 à 1993.
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