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L'imbroglio turc
François DOPFFER - Préface d'Hubert VÉDRINE
 
 

L'imbroglio turc - François DOPFERL'imbroglio turc
François DOPFFER - Préface d'Hubert VÉDRINE
Cartographie originale par Aurélie Boissière

16 €
160 pages
ISBN : 978-2-915752-30-4
En librairie le 12 novembre 2008


Extraits de l’ouvrage

La préface d’Hubert Védrine est disponible sur son site Internet, www.hubertvedrine.net/index.php?id_rubrique=4

« Très divers, l’Islam turc est constitué de multiples tendances, qui vont du plus réactionnaire au plus libéral. L’histoire de l’empire ottoman, depuis la conquête de l’Anatolie au XIe siècle par des tribus guerrières jusqu’à la Révolution des Jeunes turcs en 1908, a conjugué, en gros, quatre tendances dans l’Islam turc. Les lettrés, les Ulama, constituaient une hiérarchie juridique et religieuse vivant et prospérant dans les mosquées impériales à l’ombre du califat, attentive à la vie politique et volontiers critique des tentatives de modernisation. Des confréries puissantes pratiquent un Islam plus mystique, selon des modalités très diverses, et dont les adhérents se placent sous l’autorité de maîtres spirituels. Un Islam rural, populaire, attaché au culte des saints, subsiste, très imprégné de traditions locales. Enfin l’Islam des Alevis, secret, marqué par le chiisme mais aussi par des vestiges chamaniques, souvent persécuté par la majorité sunnite, se tient à l’écart. »

« Installée au cœur du système politique, l’armée joue donc un rôle central dans la vie de la nation, difficile à comprendre pour les négociateurs de l’Union européenne. Elle est en principe un recours, qui s’inscrit dans le cadre d’un régime démocratique et parlementaire, où l’alternance se produit régulièrement, mais qui place l’armée au dessus des partis, veillant à ce que les majorités parlementaires ne remettent pas en cause les intérêts fondamentaux de la nation turque, comme si les forces armées turques étaient les gardiennes de la souveraineté du peuple. En fait, l’armée paraît être aujourd’hui plus un acteur qu’un arbitre, mais cet acteur ne joue pas le même jeu que les partis politiques, il ne s’engage pas dans les élections, ni dans la vie parlementaire, les militaires refusent de se mesurer aux partis qu’ils méprisent. Cette situation étrange est pour les forces armées turques à la fois une force et une contrainte, car si l’armée réussit effectivement à préserver son prestige et sa vocation à être un recours, elle n’a plus en mains les moyens d’agir par des processus indirects comme en 1997. En 2007, elle n’a disposé ni de la légitimité populaire indispensable pour imposer ses conceptions par une intervention ouverte, ni des relais politiques pour faire prévaloir indirectement ses vues. «

« Le lourd contentieux entre les Arméniens et la Turquie, même s’il ne fait pas techniquement partie de la discussion euro-turque, pèse sur cette négociation. L’Union européenne est en effet concernée par ce dossier, du fait de la présence de communautés arméniennes influentes et dynamiques dans plusieurs pays européens. En France, les organisations arméniennes, très actives, mènent avec méthode depuis des années, des actions politiques (monuments, campagnes de presse, démarches auprès des parlementaires) en faveur de la reconnaissance du génocide et désormais de la pénalisation du négationnisme. La loi votée par le Parlement français en 2001, le projet en cours d’examen au Congrès américain en sont des témoignages. Au Parlement européen, l’activité des organisations arméniennes transparaît dans de récents rapports sur la négociation euro-turque. »

« Le vrai problème sous-jacent est celui de l’homogénéité culturelle. Les adversaires de la Turquie considèrent qu’elle n’appartient pas à la culture européenne, qu’elle ne partage pas nos valeurs et que cette différence est irréductible. Cette culture européenne est définie plus ou moins clairement par la référence à une culture chrétienne prédominante jusqu’au vingtième siècle. Mettre l’accent sur les racines chrétiennes ou judéo-chrétiennes de l’Europe est une façon de suggérer que l’entrée dans l’Union d’un partenaire musulman aussi puissant mettrait en cause l’homogénéité culturelle, jugée nécessaire au développement du projet européen.
Mais le concept d’une incompatibilité des valeurs chrétiennes fondatrices du projet européen avec celles de l’Islam, qui pourrait justifier le non à la Turquie, échappe à une définition claire. »

 
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