Altermondialisme,
le nouveau mouvement d’émancipation ?
Analyse
d'Eddy FOUGIER mise en ligne le 13 juillet 2005
En guise d'introduction (page
1/4)
Avant le 5 ème Forum social mondial
(FSM) de Porto Alegre en janvier 2005, le terme le plus couramment
utilisé par
la presse, les observateurs et même certains militants
pour définir l’état de la mouvance altermondialiste était
celui d’essoufflement. En témoigne, par exemple,
la tonalité générale du numéro
de la revue L’Économie politique consacré à l’altermondialisme
(1) , qui a été publié début
2005 et qui a réuni les contributions de nombreuses
figures significatives de la mouvance, telles que Christophe
Aguiton, Susan George, Gustave Massiah ou René Passet.
Dans son éditorial,
Christian Chavagneux, le rédacteur en chef de la revue,
journaliste à Alternatives économiques,
mais aussi membre du Conseil scientifique d’Attac, explique
ainsi que « ceux qui suivent attentivement la littérature
altermondialiste française de ces dernières semaines
savent que le mouvement joue en ce moment son avenir. Tous
les appels en faveur d’une "nouvelle étape",
d’une "nouvelle dynamique", d’un "renouvellement",
etc., reflètent les craintes d’un essoufflement
généralisé, d’une panne de
mobilisation, d’une lassitude face à des forums
sociaux médiatisés mais qui ne débouchent
sur rien de précis (2) ».
Le mouvement serait ainsi parvenu à la fin d’un
cycle, celui post-11 septembre correspondant au développement
des forums sociaux, après deux autres cycles, celui
que l’on peut qualifier de « préhistorique »,
se situant entre le Chiapas (janvier 1994) et Seattle (novembre-décembre
1999), et celui « antimondialisation »,
entre les manifestations de Seattle et de Gênes (juillet
2001).
En
effet, durant le cycle dit « préhistorique »,
ont émergé ou ont été créés
les principaux mouvements participant de la mouvance altermondialiste,
tel le réseau International Forum on Globalization (IFG)
en 1994, Global Trade Watch et Focus on the Global South en
1995 ou l’Action mondiale des peuples contre le libre-échange
et l’Organisation mondiale du commerce et ATTAC en 1998 ;
se sont développées les premières campagnes
internationales – Fifty Years is Enough, contre les institutions
de Bretton Woods ; Jubilé 2000, pour l’annulation
de la dette des pays les plus pauvres –, et les premières
luttes à l’échelle globale – contre
l’Accord multilatéral sur l’investissement
(AMI). La phase dite « antimondialisation » correspond
aux imposantes manifestations, souvent accompagnées
de violences, qui se sont produites lors des principaux sommets
internationaux : Seattle (OMC, 1999), Prague (FMI-Banque
mondiale, 2000), Nice (Conseil européen, 2000), Gênes
(G8, 2001) ou Davos (Forum économique mondial).Durant
cette période, les contestataires se concentrent principalement
sur la dénonciation des effets de la « mondialisation
libérale », à travers une lutte contre
la libéralisation des échanges et la « marchandisation
du monde », contre la politique des institutions
de Bretton Woods, les conséquences sociales et environnementales
de l’activité des firmes multinationales ou les
préconisations du G8. Après le double « choc » de
ce que l’on a appelé les « événements
de Gênes » et des attentats aux États-Unis
le 11 septembre 2001, les contestataires ont tendu à privilégier
la dimension proprement altermondialiste de leur mouvement, à savoir
la définition des contours de ce qu’ils définissent
comme un « autre monde », à travers
le processus des forums sociaux, autour du Forum social mondial
(FSM) et de ses déclinaisons à l’échelon
continental, national ou local. Le premier FSM a été organisé à Porto
Alegre (Brésil) en janvier 2001 et un premier Forum
social européen (FSE) s’est déroulé à Florence
en novembre 2002. Les thématiques autour desquelles
les altermondialistes se rassemblent ont également beaucoup évolué par
rapport à la période précédente
dominée par la problématique de la « mondialisation
libérale ». Après Gênes et le
11 septembre, ils se sont également intéressés à de
nouveaux enjeux, tels que la nouvelle situation internationale
(réaction de l’Administration Bush aux attentats
de New York et de Washington, lutte contre le terrorisme, tensions
au Proche-Orient, guerre préventive en Irak) ;
des enjeux régionaux ou nationaux perçus comme
autant d’applications locales de politiques néolibérales
(la Zone de libre-échange des Amériques, l’évolution
de la construction européenne avec l’élargissement à l’Est
et le projet de traité constitutionnel, la lutte contre
les politiques de réformes structurelles menées
en Europe continentale, etc.). Les luttes altermondialistes
se sont ainsi de plus en plus alliées aux actions des
mouvements pacifistes, dont ont pu témoigner les manifestations
contre la guerre en Irak en 2002-2003 ; à celles
des organisations syndicales, dans le cadre des luttes contre
les réformes de l’État-providence en Europe
continentale ; ou des mouvements politiques, à l’occasion
des processus d’adoption du projet de traité constitutionnel
européen.
Or, à l’instar
de l’Union
européenne,
nombreux sont ceux qui estiment que cet élargissement
de la mouvance altermondialiste se serait effectué au
détriment de son approfondissement, en l’occurrence
de la définition d’une alternative, au-delà de
la simple dénonciation des effets de la « mondialisation
libérale », d’où la notion
d’essoufflement évoquée
plus haut. Est-ce réellement le cas ?
Ceci
n’empêche
pas pour autant la dynamique altermondialiste, c’est-à-dire
les différentes formes de
critiques, voire de rejet, de la « mondialisation
libérale » et du néolibéralisme,
de continuer à se déployer, notamment en Amérique
latine et en Europe, et ce, sous l’influence des mouvements
et des idées altermondialistes.
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