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Fougier : altermondialismeAltermondialisme, le nouveau mouvement d’émancipation ?

          Analyse d'Eddy FOUGIER mise en ligne le 13 juillet 2005

          A la croisée des chemins (page 4/4)


          Il paraît clair qu’ une nouvelle période s’ouvre pour la mouvance altermondialiste. La dynamique anti-libérale qu’ elle incarne paraît ne jamais avoir été aussi forte, compte tenu notamment de l’évolution politique en Amérique latine ou des résultats du référendum français sur le traité constitutionnel. Il semble bien que l’on assiste, pour une partie de la population de certains pays, à ce que les Anglo-saxons appellent un « backlash » vis-à-vis de la « mondialisation libérale » et, plus généralement, du néolibéralisme. C’est en particulier le cas pour une partie des classes moyennes en Europe, par exemple, celles qui ont basculé dans le camp du « non » lors du référendum français sur le traité constitutionnel, plus précisément les individus qui, en leur sein, craignent une relégation sociale et/ou qui sont salariés du secteur public ; ainsi que pour les catégories populaires ou exclues en Amérique latine, notamment les Amérindiens et les petits paysans. Le ressentiment social de ces populations paraît important. Il est largement exploité par diverses forces politiques et sociales, notamment les mouvements altermondialistes. Ces forces doivent néanmoins faire le choix entre, d’une part, le souci de la crédibilité, ne serait-ce que pour convaincre une majorité de la population ou des électeurs de les suivre dans leur démarche, dont le coût est certainement au prix une perte de substance réformatrice et, d’autre part, la tentation de la radicalisation, au prix d’une marginalisation ou d’une polarisation sociale et politique. C’est le débat qui agite aujourd’hui la mouvance altermondialiste entre les voies Lula et Chavez : le premier tend à décevoir les altermondialistes, tandis que le second ne semble pouvoir les mener que dans une certaine forme d’impasse.

          En dépit de cette dynamique altermondialiste , les tensions paraissent n’avoir jamais été aussi vives au sein de la mouvance à proprement parler : entre ceux qui commencent à s’impatienter, qui veulent qu’ une alternative se dessine rapidement autour d’un socle d’idées faisant l’objet d’un consensus, et ceux qui entendent préserver la diversité et la pluralité du mouvement ; entre ceux qui veulent s’allier aux mouvements musulmans et à toutes les forces, quelles qu’ elles soient, qui rejettent la politique de l’« Empire », et ceux qui y sont réticents ; entre ceux qui souhaitent que le mouvement reste non partisan et ceux qui aspirent à l’inscrire dans des mouvements d’émancipation historiques ; entre ceux qui s’affirment comme un contre-pouvoir et ceux qui veulent accéder au pouvoir d’État ; entre les réformistes et ceux qui sont tentés par une voie radicale à la Chavez, etc.

          Les exemples de la Bolivie ou de la France tendent à montrer que la question centrale qui était au cœur de l’ouvrage reste plus d’actualité que jamais : l’altermondialisme correspond-il aux convulsions du dernier pré-carré de ceux qui refusent d’admettre la victoire finale du libéralisme économique et politique, comme une étoile dont on percevrait encore la lumière alors qu’elle est éteinte depuis longtemps ? Ou bien est-il, au contraire, la première tentative globale de réponse au « défi » de cette « fin de l’histoire » tel que Francis Fukuyama l’a précisé dans sa réponse à ses contradicteurs : « pour réfuter mon hypothèse, il ne suffit donc pas de suggérer que l’avenir garde en réserve des événements énormes ; il faudrait démontrer qu’ils seront déclenchés par une idée systématique de la justice politique et sociale qui prétende remplacer le libéralisme (1) » ?

          L’altermondialisme incarne-t-il le chant du cygne de ceux qui refusent d’admettre la réalité et l’horizon indépassable du libéralisme, voire de l’économie de marché, ou bien représente-t-il, au contraire, l’embryon d’une nouvelle grande alternative ? Est-il un mouvement fondamentalement conservateur, un « conservatisme maquillé en fausse révolution » comme le dit Harlem Désir à propos d’Attac, ou bien un mouvement intrinsèquement novateur ?

          En réalité, l’altermondialisme s’appuie vraisemblablement sur le conservatisme de ceux qui, en France, par exemple, n’ont jamais admis le tournant de 1983 ou en Amérique latine, le tournant néolibéral des années 1980, mais aussi sur une vision et une approche nouvelles impulsées, depuis le début des années 1990, par les organisations de la société civile. On trouve donc dans l’altermondialisme de l’ancien et du neuf. Sa grande force réside même certainement dans sa capacité à lier luttes anciennes, comme les luttes des Amérindiens, et préoccupations nouvelles. Mais cette alliance semble, pour le moment, ne tenir qu’au prix d’un refus ou d’une impossibilité d’opérer de véritables choix, sur le contenu de l’alternative, sur la manière de la mettre en oeuvre, sur le rapport aux forces politiques et à la prise de pouvoir, sur le rapport au capitalisme ou même à la « révolution ».

          Les incertitudes sur l’avenir de l’altermondialisme sont donc importantes. En fait, elles proviennent en partie de la volonté de la part des principaux mouvements d’éviter les travers et les errements passés, en particulier ceux qui sont liés à l’expérience du mouvement communiste : refus de structurer le mouvement et de le fermer, de toute hiérarchie et de mouvements leaders, des divisions du passé, de tout engagement politique direct et a fortiori de tout recourt à une accession violente au pouvoir. Or, paradoxalement, cette dimension post-communiste ou post-soviétique, outre le fait de ne pas être partagée par l’ensemble de la mouvance altermondialiste, résout certaines difficultés, mais en crée aussi bien d’autres, comme son incapacité à contrôler certaines dérives – hier, la violence des plus radicaux, aujourd’hui, les propos de nature antisémite –, à définir un consensus sur des propositions alternatives et sur la manière de les mettre en œuvre, ou ses difficultés à toucher les catégories populaires dans les pays industrialisés. Tant que la mouvance n’aura pas résolu les apories de ce post-communisme, son avenir restera incertain.

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Note :
1- « Réponse à mes contradicteurs », Commentaire, été 1990, N° 50.

 
En guise d'introduction >>>
Où en est la mouvance altermondialiste ? (Page 2/4) >>>
Où en est la dynamique altermondialiste ? (Page 3/4) >>>
A la croisée des chemins (Page 4/4) >>>
 

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